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Pays d'al-Andalûs, c'est ainsi que très tôt les Arabes ont désigné la partie de la péninsule ibérique soumise à la domination musulmane. On estime généralement que ce nom est en rapport avec les Vandales, passés d'Espagne en Afrique du Nord au Ve siècle, même si certains linguistes préfèrent parler d'étymologie obscure. La conquête du pays par les Arabes fut aussi rapide qu'imprévue.
L'Afrique du Nord à peine conquise, le gouverneur Mûsâ eut l'idée de détourner vers l'extérieur les guerriers berbères en qui il n'avait pas une grande confiance. En 711 il envoie sous le commandement de Târiq 7000 Berbères conquérir l'Espagne, alors en proie aux divisions. L'écrasement imprévu du roi wisigoth Rodrigue à la bataille de Guadalete (juillet) amène Mûsâ, malgré les réticences du calife, à passer lui-même en Espagne. Il fait la jonction avec Tarîq et entre avec lui à Tolède.
La faiblesse du parti wisigothique mené par le prétendant Akhila, qui avait d'ailleurs appelé Mûsâ à l'aide contre Rodrigue, donne l'idée aux Arabes d'une occupation durable, facilitée par des accords avec les chefs locaux. En 713, Mûsâ a déjà dépassé Saragosse. Mais en 714 lui et Târiq sont appelés à Damas pour enquête. C'est le nouvel émir al-Hurr qui poursuit la conquête, détruisant Tarragone et occupant Barcelone (716-719). Ses successeurs iront même au-delà des Pyrénées, vers la Septimanie wisigothique, d'où ils lanceront des expéditions vers le Nord.
L'arrêt de la conquête arabe en Occident s'explique certes par la contre-attaque des Francs, mais surtout par l'insurrection berbère au Maghreb, appuyée sur le kharidjisme (740). Les Berbères d'Espagne se soulèvent eux aussi, formant plusieurs colonnes qui menacent Cordoue et Tolède. Face à ce péril, les Arabes, peu nombreux, n'étaient même pas unis : une opposition traditionnelle existait entre Kaisites (bédouins nomades de l'Arabie du nord et du centre) et Kalbites (cultivateurs sédentaires originaires du Yémen). La révolte berbère fut malgré tout matée par le kaisite Baldj, avec quelques milliers de Syriens qui avaient été évacués de Ceuta assiégée, et qui restèrent finalement en Espagne.
La période qui suit est assez confuse, mais les famines successives apaisent les conflits. Les gouverneurs, bien que peu puissants et souvent remplacés, sont de plus en plus indépendants du Califat. Le renversement des Omeyyades par les Abbassides a pour conséquence l'émancipation de l'Espagne : Abd al-Rahmân, petit-fils du dernier calife omeyyade, se réfugie en Afrique du Nord, parmi les tribus berbères dont sa mère est issue. Son affranchi Badr lui ayant obtenu le ralliement des Syriens et d'une partie des Kalbites d'Espagne, il passe dans ce pays et s'empare de Cordoue en 756, où il se contente de se proclamer émir.
Il doit lutter aussi bien contre les Berbères que contre divers chefs arabes. Deux d'entre eux, les gouverneurs de Barcelone et de Saragosse, provoquent même l'intervention de Charlemagne (778). Cependant, après la mort d'Abd al-Rahmân (788), ses descendants réussissent à consolider sa dynastie dans l'émirat cordouan. Juste avant sa mort, Abd al-Rahmân avait mené à bien la construction de la Grande mosquée de Cordoue (785-788).La conquête de l'Espagne