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A quatorze ans, il tourne déjà de petits films en 8 mm (dont une adaptation de Fantômas), tout en se passionnant pour la photographie, la bande dessinée et la littérature populaire (avec une prédilection pour Hary Dickson). Il lit aussi Proust et André Breton et rêve de devenir libraire. Le monde du spectacle le fascine. En 1940, il s'inscrit au cours Simon et, en 1943, à l'IDHEC.
Après avoir fait un peu de figuration (dans Les Visiteurs du soir), il est engagé comme assistant sur Paris 1900, et commence à réaliser des films en 16 mm qui n'auront pas de diffusion commerciale. L'un d'eux, Schéma d'une identification, est interprété par Gérard Philippe.
Le cap professionnel est franchi avec Van Gogh (1948), un court métrage produit par Pierre Braunberger : c'est une originale "pénétration" de la caméra à l'intérieur des œuvres de l'artiste, par l'effacement du cadre, selon un procédé mis au point par Luciano Emmer..
Resnais aborde le long métrage par un coup de maître, Hiroshima mon amour (1959). Il donne ainsi le signal du départ de la Nouvelle Vague. L'extrême richesse de cette œuvre est résumée dans son titre : d'une part l'épouvante née de l'explosion nucléaire d'Hiroshima, de l'autre l'éternel retour de la passion, les deux thèmes se répondant comme les gammes majeure et mineure dans la musique. Cela tient à la fois du requiem et de l'épithalame. Toutes les ressources de la technique narrative sont mises à contribution dans un film qui, selon Louis Malle, "a fait faire un bond au cinéma".
On aurait tort, cependant, de limiter l'art de Resnais à ces dérives fantasmagoriques.
Ses préoccupations sont aussi bien d'ordre social et politique : le traumatisme de la guerre d'Algérie avec Muriel (1963), les désarrois d'un militant gauchiste avec La guerre est finie (1966), les scandales financiers de la IIIe République avec Stavisky... (1974), l'application au comportement humain de la psychologie génétique, Mon Oncle d'Amérique (1980).
A partir de 1990, Resnais atteint la maturité et utilise des formes plus ludiques comme la pièce de théâtre à options de Smoking/No smoking ( 1993) ou la comédie musicale de Pas sur la bouche (2003), en passant par les chansons décalées de On connaît la chanson (1997).
Cependant, à travers chacun de ces genres, ses films continuent à transmettre des analyses psychologiques précises, tranchantes comme des rasoirs et sans concessions.
Les sujets, quels qu'ils soient, sont passés au pressoir d'un imaginaire spécifique à chacun d'eux, "enchantés" par un traitement en forme d'opéra, visuel et sonore, spatial et temporel, qui leur donne à tous cette allure caractéristique de cérémonial, parfois ponctué d'humour, parfois triste, mais jamais désespéré.
Ainsi Providence peut être regardé comme une tragédie de la solitude ou un extravagant vaudeville, s'achevant sur une pointe de nostalgie.
Alliage singulier, qui s'explique par la méthode de Resnais : "Quand je commence à rêver sur des personnages, je les vois un peu comme des marionnettes, j'ai envie de les mettre dans des espèces de boîtes, comme au théâtre de Guignol - un Guignol tragique". On n'est pas loin du "drame gai" de La Règle du jeu de Jean Renoir.
Sa méthode de travail se rapproche souvent plus dela mise en scéne de théatre que de cinéma: ainsi pour Pas sur la bouche il a préféré faire répéter ses acteurs pour son film-operette pendant plus d'un mois, dans la continuité et sans la présence d'une caméra, avant d'entreprendre ensuite le tournage.
Resnais utilise une direction d'acteurs très personnelle. Il explique longuement l'histoire et les personnages, ajoutant même des détails qui n'ont pas de lien direct avec le scénario. Ensuite il ne donne que très peu d'indications précises, attendant que ses acteurs trouvent eux-même le geste juste, le ton approprié.
Des débuts précoces
L'époque des courts-métrages
André Bazin discerne là une radiographie subtile de la peinture, qui met en évidence "un réseau hallucinant de nerfs et de tendons noués sur les os du monde" - formule applicable mot pour mot à la démarche ultérieure du cinéaste lui-même.
Pendant dix ans, Resnais se tiendra sagement au documentaire, traitant de thèmes tantôt graves (la guerre d'Espagne vue par Pablo Picasso, le génocide nazi), tantôt légers (des visites à la Bibliothèque nationale et aux usines Péchiney). Chez lui, en effet, l'observation de l'objet, du plus commun au plus noble, passe à travers un filtre de culture et d'émotion, la matière est constamment enrichie par la mémoire.Les longs métrages
Son film suivant, L'Année dernière à Marienbad (1961), n'est pas moins révolutionnaire, au moins dans sa forme. Avec l'aide d'Alain Robbe-Grillet, son scénariste, Resnais édifie un puzzle captivant, un labyrinthe à mi-chemin de Julien Gracq et des illusions optiques d'Escher.
Surréalisme et psychanalyse sont au rendez-vous, comme dans Je t'aime je t'aime (1968) et Providence (1977) ou encore le flamboyant La vie est un roman (1983) suivi du sombre l'Amour à mort (1984)Un cinéma de divertissement, mais aussi social et politique
Le style "Resnais"
Cette méthode est facilitée par la fidélité réciproque de Resnais et de sa "troupe d'acteur" Sabine Azéma, André Dussolier, Pierre Arditi, Jean-Pierre BacriRécompenses
Filmographie complète
Les courts métrages
Les films de 1959 à 1968
Les films de 1974 à 1980
Les films de 1983 à 1997
Le dernier film de 2003