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La première phrase de la préface de l'auteur est celle-ci : « Un grand peuple assailli par la guerre n'a pas seulement ses frontières à défendre. Il a aussi sa raison. »
"Le devoir est de construire, plus large et plus haute, dominant l'injustice et les haines des nations, l'enceinte de la ville où doivent s'assembler les âmes fraternelles et libres du monde entier."
Romain Rolland est l'homme de la fédération des esprits contre la barbarie et sans doute l'un des plus fervents soutiens de la Société des Nations. La série d'articles écrits en Suisse au début de la Première Guerre mondiale, et réunis sous le titre célèbre de Au-dessus de la mêlée, vaut probablement à leur auteur le Prix Nobel de littérature 1915 (décerné en 1916) plus certainement que ses dix volumes de Jean-Christophe. L'Europe, qui meurt quand ses citoyens s'y entre-déchirent, est pour Romain Rolland plus qu'un Lebensraum (espace vital), mais une cité de l'Exigence morale et spirituelle.
"Nous avons deux cités : notre patrie terrestre et l'autre, la Cité de Dieu. De l'une, nous sommes les hôtes ; de l'autre, les bâtisseurs. Donnons à la première nos corps et nos cœurs fidèles. Mais rien de ce que nous aimons, famille, amis, patrie, rien n'a de droit sur l'esprit. L'esprit est la lumière. Le devoir est de l'élever au-dessus des tempêtes et d'écarter les nuages qui cherchent à l'obscurcir. Le devoir est de construire, plus large et plus haute, dominant l'injustice et les haines des nations, l'enceinte de la ville où doivent s'assembler les âmes fraternelles et libres du monde entier." Au-dessus de la Mêlée, Journal de Genève, septembre 1914