Augustin d'Hippone

Table of contents
1 Vie d'Augustin
2 Points de vue confessionnels
3 Doctrine
4 Un point de vue humaniste
5 Voir aussi
6 Lire aussi

Vie d'Augustin

Augustin est né à Tagaste en 354, il est l'un des principaux Pères de l'Église latine. D'abord professeur à Carthage et à Milan, il est baptisé par Ambroise, évêque de Milan, en 387 puis il entre à Tagaste où il baptise son fils Adéodat et son ami Alypius. Sa mère Monique meurt la même année 388. La visite des monastères romains lui donne l'idée de transformer la maison familiale en monastère : le Jardin 391, à l'imitation du Jardin d'Épicure. Il devient prêtre puis coadjuteur de Valère, évêque de la ville d'Hippone avant de lui succéder dans la province romaine d'Afrique. En 399, les temples païens sont fermés. À cette occasion, il rédige la Catéchèse des Débutants. En 395, il entame une querelle théologique avec Jérôme, traducteur de la Vulgate à partir de la Bible hébraïque. Il considérait que rien n'avait put échapper aux Septantes. Il n'en voyait donc pas l'utilité. Il est vrai qu'Augustin était piètre hélleniste et pas hébraïsant du tout ; en fait de Bible, il ne connaissait que la Vetus Africana, dont les spécialistes s'accordent à dire qu'elle n'est pas un modèle de fidélité. Il ne pouvait se rendre compte que les Septantes n'avaient pas seulement traduit mais aussi complété et continué la Bible Hébraïque. Une autre querelle l'opposa à l'érudit de Bethléem concernant le commentaire de l'Épître aux Galates, sur le passage de la réprimande à Pierre attablé avec les Gentils. Il meurt lors du siège de Genséric chef des troupes Vandales en 430.

Augustin fut manichéen, religion dualiste pendant 9 ans, puis ébloui par le néoplatonisme de Plotin, en particulier par son principe du Un-Bien. Lorsqu'il se convertit au christianisme, - tardivement puisqu'il a presque 32 ans - en fait, il s'agit d'une religion qu'il connaît pratiquement depuis toujours. Il dit lui-même dans ses Confessions qu'il l'a têtée avec le lait de sa mère. Même à l'âge encore jeune où il se convertit, c'est un érudit : son talent lui a déjà valu la célébrité ; quand il arrive à Rome, il est tout de suite en contact avec des milieux très proches de l'empereur. Il a enseigné pendant des années à Carthage qui est la deuxième ville de l'Empire.

En fait, la conversion d'Augustin, d'ailleurs très dramatique sur le plan psychologique, est moins une conversion au christianisme qu'une conversion au paulinisme. La découverte de Paul de Tarse qu'il ne connaissait pas, lui fait voir tout à fait différemment non seulement le christianisme qu'il connaissait, mais aussi le judaïsme. Il est remarquable qu'à une date aussi tardive que la moitié du IVe siècle, on puisse connaître le christianisme sans connaître Paul. À Carthage, deuxième ville de l'Empire, a donc cours un christianisme qui ne connaît pas Paul ?

Il renonce au riche mariage que sa mère Monique avait préparé alors que, pour le rendre possible, sa concubine de longue date, dont on ne saura jamais le nom, avait été renvoyée. Il veut se faire moine. La conversion d'Augustin va de pair avec le choix de la vie monastique. En devenant chrétien, il n'envisage pas de devenir évêque ni même prêtre.

Sa conversion est décrite au chapitre XII du livre VIII des Confessions :

« Ainsi, disais-je, et je pleurais dans l'extrême amertume de mon cœur broyé. Et voici que j'entends une voix venue de la maison voisine, celle d'un garçon ou d'une fille, je ne sais qui, sur un air de chanson disait et répétait à plusieurs reprises : « Prends, lis ! Prends, lis ! » Et aussitôt, changeant de visage, je me mis à réfléchir intensément, en me demandant si dans
un jeu une telle ritournelle était habituellement en usage chez les enfants. Mais, il ne me revenait pas de l'avoir entendue quelque part. Et, refoulant l'assaut de mes larmes, je me levai, ne voyant d'autre interprétation à cet ordre divin que l'injonction d'ouvrir le livre et de lire le premier chapitre sur lequel je tomberais.
Je venais, en effet, d'apprendre qu'Antoine avait tiré de la lecture de l'Évangile pendant laquelle il était survenu par hasard un avertissement personnel comme si c'était pour lui qu'était dit ce qu'on lisait : «Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Viens, suis-moi » , et qu'un tel oracle l'avait aussitôt converti à Toi.
Je me hâtai donc de revenir à l'endroit où Alypius était assis ; car c'est là que j'avais posé le livre de l'Apôtre quand je m'étais levé. Je le saisis, je l'ouvris, et je lus en silence le premier chapitre sur lequel tombèrent mes yeux : « Point de ripailles ni de beuveries ; point de coucheries ni de débauches ; point de querelles ni de jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans ses convoitises. »
Je ne voulus pas en lire davantage : je n'en avais plus besoin. Ce verset à peine achevé, à l'instant même se répandit dans mon cœur une lumière apaisante et toutes les ténèbres du doute se dissipèrent »

Points de vue confessionnels

point de vue catholique romain

Augustin dit Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone, auteur et théologien chrétien. Son influence sur la théologie de l'Église occidentale est primordiale.

Considéré comme un des Pères de l'Église, il a également toujours été compté parmi les Docteurs de l'Église.

Les Patriarcats orthodoxes

Ils ne font pas un saint d'Augustin d'Hippone. Il est considéré comme un bienheureux, au même titre que Jérôme. Autrement dit, d'un point de vue orthodoxe, leurs vies furent en tous points exemplaires, mais leurs doctrines comportaient des erreurs.

Ils sont fêtés ensemble le 15 juin dans l'Église roumaine. Cette fête est secondaire car le 15 juin est le jour du saint prophète Amos dans l'ensemble des patriarcats orthodoxes. Il semble donc qu'elle n'ait lieu que localement, en Roumanie. Les Roumains ont tendance à orner les églises de fresques d'auteurs latins comme les Grecs de leurs philosophes paiens (Platon, Socrate, Héraclite, à cause de l'usage qu'ils firent du terme logos). Il faudrait faire la part du nationalisme et de la culture dans le choix de ces célébrations contestées.

Œuvres

Œuvres en lignes publiées par les Dominicains (province anglophone du Canada) dans leur Classical Athereal Library'

qui le placent parmi les plus importants écrivains latins de son époque.

Doctrine

Les concepts fondamentaux de la réflexion de saint Augustin sont les suivants :

Il est l'auteur de la doctrine du Péché originel et de l'exclusivisme, du mépris du monde et de la plupart des doctrines culpabilisant l'exercice humain de la sexualité. D'aucuns lui attribuent aussi :

Péché originel

(à suivre)

Décri de la sexualité et misogynie

Uta Ranke-Heinneman (op. cit. en bas de page) explique qu'il est très exagéré de lui attribuer 100% de la responsabilité en la matière. En effet, le christianisme du IVe siècle développe sa morale à partir du néo-platonisme et des conceptions médicales du stoïcisme. Celles-ci imposent le tabou menstruel qui fonctionne du IVe au XIXe siècle. Un développement plus étoffé sur ce sujet dans [Corps, sexe et genre] [fr]. D'autre part, la médecine de Galien de Pergame 129-210 de l'ère commune imagine que l'émission de sperme affaiblit l'homme (au sens de vir) tandis que la femme béante serait d'un désir effréné et ne connaîtrait pas ce problème.

À l'opposé de nombreux Pères de l'Église qui avaient condamné la sexualité comme un mal en soi, une conséquence de la Chute ou une invention du diable, Augustin a reconnu que la sexualité devait nécessairement appartenir à l'Idéal originel de Dieu pour l'homme et la femme, mais qu'ils l'avaient détournée de sa fonction originelle. Pour Augustin, ce qui constitue le péché, ce n'est pas l'acte sexuel, mais la motivation charnelle et égoïste. Augustin identifie donc le fruit défendu à la concupiscence. Cette interprétation ne fait que déplacer le problème, car dans les effets, cela revient au même :

« Des milliers de jeunes gens et de jeunes filles dédaignent le mariage et vivent dans la chasteté sans que personne en soit surpris, alors que Platon, pour en avoir fait autant, dit-on, fut à ce point intimidé par les idées perverses de son temps qu'il sacrifia à la nature pour abolir ce passé (...) Dans les villes et les cités, enfin dans les bourgs, les villages, la campagne même et les domaines particuliers,on accepte et on désire ouvertement se détourner des biens terrestres vers le Dieu unique et véritable, à tel point que chaque jour, par le monde entier, d'une seule voix ou presque, le genre humain répond : "Les cœurs sont en haut, près du Seigneur." (...) » Augustin, De vera religione, III. 3 et V

Antisémitisme chrétien

(à suivre)

Exclusivisme

Les attaques d'Augustin contre les Manichéens sont omniprésentes dans l'œuvre du « père de la grâce ». Plusieurs de ses traités y sont entièrement consacrés, et les allusions au manichéisme sont partout dans les autres traités, sermons, lettres, écrits divers ; naturellement aussi dans ses œuvres majeures que sont Les Confessions et La Cité de Dieu. Elles y sont aussi, bien évidemment, dans le De vera religione.

L'essentiel de l'œuvre d'Augustin combat les hérésies. L'Église triomphante a imposé ce terme pour désigner certaines tendances du christianisme naissant qui n'ont pas prévalu. Augustin combat Mani lui-même qui se disait disciple du Christ, même si le manichéisme est fort éloigné de l'Évangile. Il combat les donatistes et les pélagiens, dont la doctrine est chrétienne. D'ailleurs, ils se disent chrétiens, mais leurs adversaires les nomment donatistes ou pélagiens, ce sont leurs adversaires. Ils se disputent tous le nom de Chrétiens.

Augustin est partisan de la contrainte contre les hérétiques :

« La force de la coutume était une chaine qu'ils n'auraient jamais rompue, s'ils n'avaient été frappés de la terreur des puissances séculières et si cette terreur salutaire n'avait appliqué leur esprit à la considération de la vérité. »

Voire de la persécution quand il est préfet militaire en charge de la répression des donatistes :

« La persécution exercée par les impies contre l'Église du Christ est injuste, tandis qu'il y a justice dans la persécution infligée aux impies par l'Église de Jésus-Christ.(...) L'Église persécute par amour ; les impies par cruauté. » Augustin d'Hippone, Lettre 185 à Boniface,

Un point de vue humaniste

La notion d'humanisme n'ayant de signification que relative - à ce titre, elle n'est d'ailleurs pas exclusive du christianisme dans une quelconque de ses formes. On donnera donc le point de vue des hommes des Lumières

Point de vue de Pierre Bayle

Il considère l'exclusivisme ou augustinisme.

« L'engagement où est l'Église romaine de respecter le système de saint Augustin la jette dans un embarras qui tient beaucoup du ridicule. Il est si manifeste à tout homme qui examine les choses sans préjugé et avec les lumières nécessaires, que la doctrine de saint Augustin et celle de Jansénius, évêque d'Ypres, sont une seule et même doctrine, qu'on ne peut voir sans indignation que la cour de Rome se soit vantée d'avoir condamnée Jansénius, et d'avoir néanmoins conservé à saint Augustin toute sa gloire. Ce sont deux choses tout-à-fait incompatibles. Bien plus, le concile de Trente, en condamnant la doctrine de Calvin sur le franc arbitre, a nécessairement condamné celle de saint Augustin, car il n'y a point de calviniste qui ait nié, ou qui ait pu nier le concours de la volonté humaine et la liberté de notre âme au sens que saint Augustin a donné aux mots de concours et de coopération et de liberté.

Il n'y a point de calviniste qui ne reconnaisse le franc arbitre, et son usage dans la conversion, si l'on entend ce mot selon les idées de saint Ausutin. Ceux que le concile de Trente a condamnés ne rejettent le franc arbitre qu'en tant qu'il signifie la liberté d'indifférence. Les thomistes le rejettent aussi sous cette notion, et ne laissent pas de passer pour très-catholiques. Voici une autre scène de comédie. La prédétermination physique des thomistes, la nécessité de saint Augustin, celle des jansénistes , et les uns et les autres prétendent qu'on les calomnie, quand on les accuse d'enseigner la même doctrine que Calvin. S'il était permis à l'homme de juger des pensées de son prochain, on serait fort tenté de dire que les docteurs sont ici de grands comédiens, et qu'ils n'ignorent pas que le concile de Trente n'a condamné qu'une chimère, qui n'était jamais montée dans l'esprit des calvinistes, ou qu'il a condamné saint Augustin et la prédétermination physique; de sorte que, quand on se vante d'avoir la foi de saint Augustin et de n'avoir jamais varié dans la doctrine , on ne le fait que pour garder le decorum, et pour éviter la dissipation du système qu'un aveu de la vérité produit nécessairment. Il y a des gens pour qui c'est un grand bonheur que le peuple ne se soucie point de se faire rendre compte sur la doctrine, et qu'il n'en soit même pas capable. Il se mutinerait plus souvent contre les docteurs, que contre les maltotiers. "Si vous ne connaissez pas, leur dirait-on, que vous nous trompez, votre stupidité mérite qu'on vous envoie labourer la terre; et, si vous le connaissez, votre méchanceté mérite qu'on vous mette entre quatre murailles, au pain et à l'eau. Mais on n'a rien à craindre : les peuples ne demandent qu'à être menés selon le train accoutumé; et, s'ils en demandaient davantage, ils ne seraient pas capable d'entrer en discussion : leurs affaires ne leur ont pas permis d'acquérir une si grande capacité. »

Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, (1698), article « Augustin »

Point de vue d'Isaac de Beausobre

« Pour moi, que le ciel a préservé de l'Esprit de l'Église, qui ne connais point de plus grand bien que la liberté de penser, de plus douce occupation que la recherche de la Vérité, ni de plus grand plaisir quer celui de la trouver et de la dire, pour moi, dis-je, j'ai étudié l'histoire de l'Eglise avec le moins de préjugé qu'il m'a été possible. Et comme l'histoire des sectes en fait une partie très considérable, dès que j'eus ôté le bandeau du préjugé, je m'aperçus bientôt qu'il n'y en avait point de plus falsifiée et je regardai ces fausses histoires d'un œil bien différent de celui dont on a coutume de les regarder. Comme j'aime beaucoup, par la grâce de Dieu, la religion de notre Sauveur et que je donne toute mon attention à la confirmer, les extravagances, les impudicités, les abominations que l'on a attribué à quantité de sociétés qui invoquaient le nom de Jésus-Christ, me parurent autant d'outrages que l'on faisait au christianisme.Je ne pus lire sans indignation ces histoires évidemment fabuleuses des anciennes sectes, que l'on charge à l'envie d'erreurs monstrueuses et de cérémonies infâmes. Tout cela est l'ouvrage d'un sèle indiscret, d'une impudente crédulité, très souvent de la précipitation et du mal entendu. (...) Commençons par une réflexion commun e mais malheureusement trop véritable. De tous temps, les sectes rivales se sont mutuellement accusées de mystères profanes ou ridicules. Les païens en ont accusé les Juifs ; les Juifs en accusèrent les Chrétiens et publièrent partout que les incestes d'Œdipe et les festins de Thyeste étaient leurs cérémonies sacrées. Les Chrétiens rejetèrent ces crimes sur les Gnostiques. Nous les connaissons par Plotin qui lels a combattus. Ce philosophe sévère et régulier ne leur reproche aucune de ces crimes. Il les taxe seulement d'orgueil et remarque que leur maxime générale était qu'il fallait regarder à Dieu et à l'imiter (...)
Quoi qu'il en soit, c'était l'ancien et constant usage de toutes les sectes de se calomnier mutuellement ; les Grecs le font à l'égard des Latins, les Latins à l'égard des Grecs et les Grecs et les Latins à l'égard des communautés orientales. On sait ce que l'on a publié contre les Vaudois et les Albigeois et au commencement du XVIème siècle contre les Luthériens et les Réformés. si l'Eglise romaine était venue à bout de les extirper dès leur naissance, ils passeraient aujourd'hui pour les plus infâmes hérétiques, d'où je conclus qu'il ne faut pas ajouter foi légèrement à ce que quelques-uns des Pères nous disent des Mystères des Manichéens. L'accusation la plus commune et la plus ancienne est qu'ils usaient de magie. On la trouve dans les Actes d'Archelaüs. La raison l'a fait tomber, je vais faire tomber celle de l'obscénité, encore plus incroyable que l'autre.
Je ne répèterai pas ce que Cyrille et saint Augustin nous disent de l'Eucharistie manichéenne... » (Isaac de Beausobre, Histoire de Manichée et du Manichéisme, Amsterdam, 1739)

Voir aussi

Auteurs par ordre alphabétique A

Lire aussi

Peter (Brown), La Vie de saint Augustin, Collection : Points Histoire (287), ISBN : 2020386178. 2001.
Balmary (Marie), Abel ou la traversée de l'Eden, Grasset
Ranke Heineman (Utta), Des eunuques pour le royaume, 10-18, 1987
Mayet (Virginie), Saint Augustin et la superstition dans les livres I à X de la Cité de Dieu consacrés à la critique du paganisme, mémoire de maîtrise de philosophie
Augustin d'Hippone dans l'Humanité
Hippone, ville d'Algérie
Écouter les vendredis de la philosophie, 13 février 2004



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