Bataille de Castillon

La bataille de Castillon, le 17 juillet 1453, mit fin à la guerre de Cent Ans.

Table of contents
1 Contexte
2 La guerre de Cent Ans
3 Conséquence

Contexte

En 1137 le dernier duc d'Aquitaine meurt. Sa fille Aliénor épouse Louis le Jeune, futur roi de France, puis son mariage annulé (1152) elle épouse peu après Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre. Ainsi l'Aquitaine est-elle rattachée à la couronne anglaise, et devient aussi vassale du roi de France. À la mort de Charles IV et en l'absence d'héritier mâle, Philippe de Valois est nommé régent alors que le roi d'Angleterre est écarté (1328, loi salique). Après divers incidents, le roi de France saisit l'Aquitaine (en 1337) ouvrant ainsi un conflit qui durera plus d'un siècle.

La guerre de Cent Ans

La guerre ravage le pays qui fut près de sa perte. Après bien des revers, un redressement s'opère en partie sous l'impulsion de Jeanne d'Arc. La Guyenne est presque reconquise par les Français, mais les exigences de Charles VII font regretter la tutelle anglaise. Henri VI informé des sentiments des Aquitains, charge John Talbot de la reconquête. Après une rapide campagne, Bordeaux est repris le 23 août 1452 et Castillon se soumet aux Anglais. Les Français décident alors de contre-attaquer. Ils s'avancent par la vallée de la Dordogne et prennent Gensac le 8 juillet 1453. L'armée française approche de Castillon, ville fortifiée, mais ne l'assiège pas. Ce comportement rompt avec leur stratégie offensive qui a déjà permis d'emporter plusieurs places-fortes. Leur objectif n'est plus de conquérir Castillon et la Guyenne, ville par ville. Il est de détruire l'armée de Talbot et de régler ainsi en un unique engagement le sort de l'Aquitaine. Les frères Bureau, qui commandent une partie de l'armée française (Jean Bureau est Grand Maître de l'Artillerie) connaissent Castillon et ses environs pour avoir enlevé la place en 1451 avec l'armée de Penthièvre. Il semble donc, qu'ils aient voulu attirer l'armée de Talbot sur un emplacement dont ils connaissaient les avantages stratégiques.

Préliminaires de la bataille

L'armée s'établit à 1,8 km à l'est, dans la vallée, sur la rive droite de la Dordogne. Elle comprend environ 10 000 hommes « de toutes les provinces », 1 800 lances, des francs-archers, une artillerie de 300 pièces servies par 700 manœuvriers sous les ordres des frères Bureau. L'emplacement choisi offre d'incontestables avantages. Au nord, il s'adosse à la Lidoire, petite rivière aux rives escarpées, et dont le niveau pouvait être élevé grâce à un barrage. A l'ouest, au sud et à l'est, un fossé l'entourait : 1,6 km de long, 5 à 6 m de large, 4 m environ de profondeur, suffisant à décourager l'assaillant. Réalisé en trois jours sous la supervision de Jean Bureau, selon des considérations tactiques dont s'inspirera Vauban, il présentait des sinuosités, des indentations permettant des feux croisés. Protégé par un talus, renforcé de troncs d'arbres, il allait poser des problèmes redoutables à la cavalerie anglaise. Ainsi réalisé, le camp avait 200 à 300 m du nord au sud et 600 m d'ouest en est. Devant lui s'étendait sur 500 à 600 m la plaine de la Dordogne, rivière qu'on ne pouvait franchir qu'en un gué, le Pas de Rauzan.

Si l'ennemi venait du nord, il se heurtait à la Lidoire, obstacle difficile à franchir, aux abords immédiats du camp. S'il venait de l'ouest, il ne pouvait entièrement se déployer devant le front étroit de la place (200 m), s'il venait du sud, le champ de bataille jusqu'à la Dordogne se trouvait sous le feu de l'artillerie française.

Le dispositif des fFançais s'était complété par deux opérations :

  1. 700 hommes avaient occupé le prieuré de Saint-Florent au nord-ouest du camp,
  2. la cavalerie bretonne (240 lances) était remontée en réserve à Horable, à 1,5 km au nord.

La bataille

Averti par les Castillonnais de l'arrivée des Français, Talbot à Bordeaux, hésite, puis se décide à leur porter secours. Il couche à Libourne et le matin du 17 juillet 1453 se dissimule dans les bois dominant le prieuré. Comme les Castillonnais le lui ont conseillé, il se précipite et bouscule la faible garnison de Saint-Florent. Celle-ci s'enfuit et s'efforce de rejoindre le camp. Mais la retraite est difficile, on suit le flanc du coteau dominant la rivière et après de sanglants corps-à-corps, les fuyards franchissent la petite rivière par un gué ou un pont provisoire et se retrouvent à l'intérieur du camp. Peut-être surpris par les difficultés auxquelles ils se heurtent, les Anglais refluent sur le prieuré où ils vont se restaurer et se désaltérer en mettant en perce quelques futailles abandonnées par les Français.

Talbot s'apprête à entendre la messe, lorsqu'on lui rapporte que les Français s'enfuient, abandonnant le camp retranché. De fait, des nuages de poussière s'élèvent à l'est, dans la plaine au-dessus de la position tenue par les français.

On saura plus tard qu'il s'agissait des pages et des bagages inutiles au combat. Trompé par ces apparences, Talbot n'hésite plus et se précipite avec les troupes dont il dispose afin de mettre les Français en déroute.

Les récits de l'époque soulignent le calme de ces derniers. Avançant jusqu'à la contrescarpe du fossé, les Anglais essaient de planter l'étendard de Talbot à l'entrée du camp français. Mêlée confuse... L'étendard roule dans le fossé ! L'artillerie des Français a eu le temps de se préparer : 300 pièces tirent à la fois. Carnage effrayant. Les assaillants sont pressés les uns contre les autres, ils ne peuvent ni s'échapper ni se dissimuler. Courageusement, les survivants se regroupent mais de nouvelles décharges jettent la débandade parmi les assaillants. Alors les Français ouvrent les barrières et poursuivent les anglais. Dans la mêlée qui s'ensuit, Talbot, dont la haquenée avait été tuée par un boulet, est précipité à terre et tué par quelque archer. Au bruit de la canonnade, les Bretons en réserve à Horable, précipitent la déroute des Anglais.

Les survivants (4 000 morts au moins restèrent sur le champ de bataille !) s'enfuient, les uns en franchissant la Dordogne (mais beaucoup se noient), les autres en refluant vers l'ouest (certains atteignent Saint-Émilion), d'autres enfin, en s'abritant dans la place de Castillon. Refuge de courte durée ! En effet, le 18 juillet, les Français avançant quelques pièces d'artillerie sous les murs de Castillon obtiennent la reddition de la ville. C'est au château de Pressac, à Saint-Étienne-de-Lisse que fut signée celle des Anglais.

Le corps de Talbot fut reconnu par son « héraut ». Ses restes furent déposés à Notre-Dame-de-Colle, sur le champ de bataille puis transportés en Angleterre et inhumés à Witchurch. Talbot disparu, toutes les places tenues par les Anglais capitulèrent et Bordeaux se rendit sans effusion de sang.

Conséquence

Cette bataille scella le retrait des anglais et permit d'asseoir l'autorité du roi de France. Pour l'Aquitaine, les conséquences ne furent pas bénéfiques. Plus question de chartes au contenu libéral, plus question de "consentir" l'impôt. Les Castillonnais perdirent leurs privilèges. Péniblement il fallut les reconstituer. Ce n'est qu'en 1474 que Jean de Foix Candale leur accorda une charte dont les dispositions furent confirmées et élargies par Gaston II en 1487. D'autre part, cette défaite des anglais bouleversa l'économie de la région. Les échanges qui avaient assuré pendant deux siècles la prospérité de l'Aquitaine furent modifiés. Les ventes de vin à l'Angleterre, sans cesser complètement, se réduisirent dangereusement. L'exil volontaire ou imposé éclaircit les rangs des notables. Cependant, quelques années plus tard, les exilés volontaires furent bien accueillis à leur retour. Certains retrouvèrent même les terres autrefois abandonnées.

Jean Bureau fût nommé maire de Bordeaux à vie par Charles VII, pour avoir conduit les armées françaises à la victoire.

Dans le domaine militaire, cette victoire, fruit d'une stratégie nouvelle, mit en valeur le rôle important et effrayant de l'artillerie, l'action percutante de la cavalerie quand elle est utilisée au moment opportun. Les chevauchées souvent désordonnées, les volées de flèches, les combats individuels débordant de courage, n'ont pu mettre le camp des français en danger. Toute une conception médiévale de la guerre s'écroula et montra son insuffisance devant les nouvelles armes.

À cet événement majeur dont l'histoire conservera le souvenir, les Castillonnais, paradoxalement, n'ont pas pris part, ou si peu ! À l'abri de leurs murailles, ils ont pu suivre les chevauchées, entendre le fracas de la canonnade, comme des témoins assistant à un drame dont ils ne pressentaient pas les lointaines et multiples répercussions.



Tous les textes sont disponibles sous les termes de la Wikipedia se publica bajo la Licencia de Documentación Libre GNU.

Legal  -  Contacto