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C’est durant la quatrième année de son règne (vers 1275 avant notre ère) que Ramsès II entame son rêve de reconquête des territoires soumis par son illustre ancêtre Thoutmosis III et perdus lors du règne du pharaon poète Akhénaton. La forteresse de Qadesh est l’un des symboles de la présence hittite au Proche-Orient et malgré sa réputation d’être imprenable, elle est l’objectif final de la campagne qui s’engage.
Partant de sa capitale Pi-Ramsès (à l’est du Delta), Ramsès passe par Tcharou, Canaan, Tyr et Byblos, puis s'enfonce en Amourrou, surprenant le prince Benteshina allié des Hittites qui se soumet sans résistance. Ramsès laisse les Néarins sur place puis retourne en Égypte. Pendant l'hiver, il prépare son armée basée dans la capitale. Les divisions de Seth, Rê, Amon et Ptah constituées de 1900 soldats égyptiens, 2100 mercenaires dont les Sardanes incorporés après leur raid contre l'Égypte et 2500 chars bien entraînés. Partie en mai 1274, l'expédition passe en Canaan, en Galilée remonte par la plaine de la Beqaa pour s'enfoncer jusqu'à Qadesh.
De son cote, Mouwattali, l'empereur hittite, réunit une coalition comprenant : Hittite, Naharina, Arzawa, Dardaniens, Kerchkech, Masa, Pidasa, Inouna, Karkisa, Lukka, Kizzuwatan, Karkémish, Ougarit, Kedy, Nouges, Mouchaset, Qadesh soit environ 30 000 hommes dont 3000 charriers.
La légende immortalisée par le poème du scribe Pentaour et le bulletin (recueil de souvenirs de guerre), nous apprend qu’en traversant le bois de Labouy, deux shasou (bédouins) affirment que Mouwattali craignant Ramsès, se trouve encore aux environs d'Alep (loin au nord, à la frontière du royaume hittite). Ramsès, incrédule, fait installer son camp sur la rive ouest de l’Oronte à proximité de la forteresse sans attendre le renfort des trois divisions qui suivent à plusieurs heures de marche. Seul la division d’Amon l’accompagne. Après un interrogatoire, les bédouins finissent par avouer que l'armée hittite se trouve derrière Qadesh, sur la rive est de l’Oronte.
Pharaon tente de réunir son conseil de guerre et fait partir des coursiers pour faire hâter le pas aux troupes restées en arrière, mais les Hittites ayant traversé le fleuve près de la forteresse attaque la division de Rê qui tente de rejoindre le camp. La division de Rê croule sous l’impact et les Hittites fondent sur le camp de Ramsès alors que la division de Ptah traverse à peine l'Oronte et que celle de Seth se trouve encore dans le bois de Labouy. La division d'Amon doit donc faire face seule aux 2500 chars et milliers de fantassins de l’armée hittite. Décimée, elle ne peut résister et l'armée hittite pénètre dans le camp. Ramsès fait atteler son char tiré par ses deux chevaux préférés « Victoire dans Thèbes » et « Mout est satisfaite ». Se trouvant isolé et submergé, il s'adresse alors au dieu Amon, son père et lui demande son aide pour les services qu’il lui a rendus en construisant des temples, en enrichissant son clergé et en lui faisant moult sacrifices.
La réponse ne se fait pas attendre, «Je suis avec toi, je suis ton père et ma main est avec toi. Je vaux mieux que des centaines de milliers d’hommes. Je suis le maître de la victoire ! ». Redoublant d'efforts, il se lance alors à corps perdu dans la bataille et massacre grâce à la force divine de Seth des milliers de hittites. Arrivent alors les Néarins qui, soutenus par la division de Ptah et ce qui reste de celle de Rê, affrontent les Hittites et remportent la victoire. Le lendemain Mouwattali envoie une proposition d'armistice et implore la clémence de Ramsès. Celui-ci la lui accorde, décide de s'en retourner en Égypte sans tenter de prendre Qadesh et fait graver sur le mur de plusieurs temples (comme Abou Simbel) sa « grande victoire ».
Malgré le biais très prononcé du poème du scribe Pentaour, et surtout grâce à l’honnêteté étonnante du bulletin, on peut imaginer ce qu’il s’est réellement passé. Il semble évident que Ramsès soit tombé dans le piège que lui tendit Mouwattali. Cependant, les Hittites, dans leur hâte à vouloir supprimer Ramsès pris au piège, semblent ne pas bien avoir peser les risques d’une telle attaque. En effet, Mouwattali n’envoya qu’une partie de ses troupes (sûrement les plus mobiles) avec à leurs têtes de hauts dignitaires (peut-être voulant participer à une victoire facile). Ils balayèrent sans difficulté la division de Rê qui n’était sûrement pas prête à combattre et très inférieure en nombre et se précipitèrent sur le camp égyptien. Il semble que ce soit la résistance de la division d’Amon (bien que Ramsès condamne leur couardise) et celle de la garde personnelle de Ramsès qui ait fait basculer la bataille. Il est fort probable que Ramsès ait participé de près à cette bataille et que son charisme fut source de courage pour ses troupes (Mouwattali n’était semble-t-il pas à la tête de ses troupes).
Toujours est-il que la résistance des dernières troupes de Pharaon permit l’arrivée de la division Ptah (sûrement enrichie des restes de la division de Rê) et surtout de l’arrivée fortuite (mais prévu) des Néarins. Les coalisés, encerclés, bientôt dépassés par l’arrivée de la division de Seth, n’eurent d’autre choix que de se replier et de subir de lourdes pertes. Ce qui semble étonnant c’est le fait que Mouwattali ne participa pas à la bataille et qu’il ne lança pas la totalité ses troupes (pourtant supérieures en nombre) dans le combat. Les Egyptiens nous apprennent qu’il a agi ainsi par peur du dieu vivant Ramsès qui serait une incarnation de Baal. En fait, il est plus probable que Mouwattali était déjà atteint de la maladie qui le fera bientôt disparaître prématurément ou qu’il préféra simplement se replier dans la forteresse de Qadesh plutôt que de se lancer dans une bataille à l’issue incertaine. On peux aussi imaginer que la perte de proches (deux de ses frères périrent dans la bataille) et le charisme incontestable de Ramsès aient pu influencer son choix. Ramsès retourna en Égypte sans prendre Qadesh. Les Egyptiens nous apprennent que c’est par clémence envers le « vaincu de Qadesh », mais on imagine facilement qu’il ait préféré se contenter de « sa victoire » plutôt que de se lancer dans un siège long et périlleux.
Quelques années après, la montée en puissance de l'Assyrie, poussera Ramsès et Hattousil a conclurent le premier traité international connu de l’histoire.