|
|
Camille Lemonnier, né à Ixelles, Belgique le 24 mars 1844 et mort le 13 juin 1913 dans sa ville natale, est un écrivain belge particulièrement fécond qui marqua l'histoire culturelle de son pays. Ce Brabançon, fils d'un Wallon et d'une Flamande, vint à la littérature par le détour de la critique d'art.
En 1863, Lemonnier publie à compte d'auteur le Salon de Bruxelles et commence à fréquenter le monde artistique. Il se distingue immédiatement par son désir de défendre l'art réaliste contre l'académisme, et la liberté de l'artiste contre les institutions d'État. En 1870, Lemonnier parcourt le champ de bataille de Sedan avec son cousin Félicien Rops (peintre et dessinateur). Son roman-reportage Sedan relatera ses impressions: "une odeur de terre, de pourriture, de chlore et d'urine mêlés". Cet ouvrage réaliste sera repris sous le titre Les Charniers qui précède La Débâcle d'Émile Zola.

Lemonnier commence à être reconnu dans le milieu naturaliste. Il collabore d'ailleurs à des revues françaises où il fait connaître les peintres belges. C'est avec son roman Un Mâle qu'il atteint la notoriété. Dès lors, on l'appelle le "Zola belge" bien qu'il ait affirmé que cette étiquette ne lui convenait pas. Il précisera que les paysans qu'il décrit "n'appartiennent ni à Balzac, ni à Zola, ni à Maupassant, ni à George Sand...". La filiation avec le Naturalisme français s'arrête, en effet, à l'influence du milieu, et plus précisément de la vie animale, sur le comportement des personnages. Les chapitres qui décrivent la kermesse ou la vie à la ferme renvoient davantage à la tradition flamande et aux tableaux de Pieter Bruegel l'Ancien. C'est pourtant à Zola qu'en 1886, Lemonnier dédie Happe-chair, roman de la classe ouvrière dans les usines sidérurgiques du Centre.
Le Prix Quinquennal de littérature lui sera attribué en 1888 pour son ouvrage La Belgique, illustré de gravures dessinées, entre autres, par Constantin Meunier. En 1905, il publie La Vie belge et deux ans avant sa mort, Une vie d'écrivain, son autobiographie. Dans ces trois œuvres, Lemonnier rend hommage à sa terre natale, souhaitant présenter au lecteur la vie et la culture de son pays. Ce "témoin au passé", selon sa propre expression, relate, avec un talent de conteur, la naissance des lettres belges: "La Jeune Belgique avait frappé le roc aride et à présent les eaux ruisselaient." Parfois lyrique, épique et excessif, Lemonnier laisse cependant un document historique très instructif.
En définissant le talent du peintre belge comme la capacité de "suggérer des correspondances spirituelles par un chromatisme expressif et sensible" (La Vie belge), il parle aussi de son propre style: il s'agit de frapper l'imagination par la couleur et les images. En cela, il s'oppose à l'imitation du réel et rejoint un Symbolisme universel tout en restant proche de l'instinct et de la spontanéité.
(Lemonnier est l'auteur de plus de 70 volumes)
Citations
À cet écrivain [ Charles De Coster ] mort prématurément succéda Camille Lemonnier, qui recueillit la lourde tâche et le triste héritage des premiers combattants: l'ingratitude et la désillusion. C'est encore un héros que ce fier et noble caractère. Soldat du premier au dernier jour, il a lutté sans trêve, depuis quarante ans, pour la grandeur de la Belgique; il a écrit livre sur livre, créé, travaillé, jeté des appels, renversé des barrières. Il n'a point connu le repos jusqu'à ce que Paris et l'Europe n'attachassent plus au qualificatif "belge" la signification dédaigneuse de "provincial", jusqu'à ce qu'il devint enfin, comme jadis le nom de "gueux", d'un vocable honteux, un véritable titre d'honneur. Intrépide, jamais découragé par l'insuccès, cet homme merveilleux a chanté son pays, les champs, les mines, les villes, ses compatriotes, les garçons et les filles au sang bouillant et prompt à la colère. Il a chanté l'ardent désir qu'il éprouvait d'une religion plus claire, plus libre, plus vaste, où notre âme se trouverait en communion plus directe avec la grande Nature. Avec la débauche de couleurs de son auguste ancêtre Rubens, dont la sensualité joyeuse faisait de la moindre chose une fête perpétuelle et jouissait de la vie comme d'une éternelle nouveauté, Camille Lemonnier a su peindre en prodigue toute vitalité, toute ardeur, toute abondance.
Aucun écrivain du XIXe siècle, si ce n'est Victor Hugo, n'a possédé, comme Camille Lemonnier, les richesses du dictionnaire, n'a disposé pour formuler sa pensée ou ses sensations d'un nombre aussi considérable de mots: nul ne s'est grisé comme lui de sa puissance verbale. (...) Mais ce ne sont là que les premiers dons que lui a faits la nature. Elle lui a accordé des instincts d'une étrange profondeur, qui communient avec tous les instincts primordiaux de la vie, qui sentent tous les frissons de l'animal, tous les frémissements, tous les appétits, toutes les fécondités, toutes les énergies déchaînées dans la multitude innombrable des organismes vivants.
Bibliographie sélective