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Il est vrai que, malgré les profondes transformations économiques liées notamment à l'essor du commerce, la représentation de la société française reste figée : les trois ordres (Noblesse, Clergé, Tiers État) reproduisent à peu de choses près la situation de l'an Mil (le seigneur, le prêtre, le paysan). Cette situation anachronique est de moins en moins acceptée, et une pièce comme le Mariage de Figaro (1784) traduit bien l'exaspération qui gagne à la fois la bourgeoisie, le peuple et même la petite noblesse.
Cette exaspération est aggravée par une profonde crise économique et financière : l'État, criblé de dettes, multiplie impôts et taxes, alors que plusieurs années de disette viennent achever de ruiner la population. Les nombreux cahiers de doléances venus des provinces sont pratiquement unanimes à dénoncer la lourdeur et l'injustice des impôts (dont les membres de la noblesse et du clergé sont le plus souvent exemptés).
On ajoutera l'importance de la philosophie des Lumières, la dénonciation du pouvoir absolu de droit divin, l'exemple récent de la Constitution des États-Unis (1787), tout cela formant une sorte de mélange détonant qui n'attendait qu'une étincelle pour exploser.