Circoncision

Du latin ecclésiastique circumcisio, la circoncision est une opération chirurgicale consistant à exciser tout ou partie du prépuce. Elle est pratiquée essentiellement à des fins religieuses (notamment comme rite chez les juifs, les musulmans et dans certaines communautés chrétiennes) et culturelles. Elle peut aussi être pratiquée à des fins médicales préventives (ce qui est controversé, voir ci-après).

Table of contents
1 Les textes antiques
2 Religions et circoncision
3 Hygiène et circoncision
4 Interprétation du rite
5 Liens externes

Les textes antiques

La circoncision est mentionnée au Ve siècle av. J.-C par Hérodote, qui l'évoque dans le second livre de ses Histoires et en attribue la paternité aux Égyptiens. Cette paternité semble confirmée par de nombreux vestiges archéologiques, le plus ancien étant une gravure du tombeau d'Ankhmahor (entre -2300 et -2200) qui représente une circoncision pratiquée avec un silex sur un homme debout.

Cette pratique est citée à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament, qui fait d'Abraham et de sa famille les premiers circoncis ; lorsque Dieu apparaît à Abraham, il lui indique ainsi les termes de son alliance avec le peuple juif (Genèse, XVII:10-12) :

« Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c'est-à-dire ta race après toi: que tous vos mâles soient circoncis.
Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous.
Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération. »

Alors âgé de 99 ans, Abraham se circoncit, impose l'opération à son premier fils Ismaël, ainsi qu'à tous les hommes et enfants mâles de sa maison. Il répètera l'opération sur le petit Isaac huit jours après sa naissance.

Dans le Nouveau Testament, un seul des quatre évangélistes évoque de façon claire la circoncision du Christ. Il s'agit de Luc (II:21) :

« Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l'ange avant sa conception. »
Par contre, dans la plupart de ses Épîtres, Paul de Tarse, vivant en diaspora et en milieu hélléniste, indique fréquemment que la circoncision n'est pas nécessaire :
« La circoncision n'est rien, et l'incirconcision n'est rien; ce qui compte, c'est de garder les commandements de Dieu. » (Corinthiens, VII:19).

La circoncision fit l'objet d'une querelle entre héllénistes ou juifs héllénisés et juifs orthodoxes. Cette querelle avait été lancée dès l'avènement du roi Archelaus IV Épiphane qui préconisait l'héllénisation à outrance avec :

Cette tentative échoua mais donna lieu à la guerre des Macchabées à laquelle font écho deux livres de l'Ancien Testament et deux apocryphes dont l'un a pour auteur Jason de Cyrène, juif de la diaspora au nom hellénisé.
Deux cents ans plus tard, Saint Paul prit position dans cette vieille querelle. Le débat, qui se trouva alors clos dans le courant du judaïsme qui allait devenir le christianisme, fut au contraire rouvert, et le demeure dans le judaïsme moderne.

Religions et circoncision

Hygiène et circoncision

C'est dans la pudibonde Angleterre victorienne que naquit, à la fin du XIXe siècle, l'idée que le prépuce, en lubrifiant le gland, favorisait la masturbation alors tant redoutée dans les familles. La circoncision devint donc un moyen d'assurer au jeune garçon une meilleure hygiène physique et mentale.

Cette pratique de la circoncision s'étendit très vite aux autres pays anglo-saxons, notamment aux États-Unis et au Canada anglophone. Mais on y abandonna l'idée très controversée de lutte contre la masturbation au profit de notions hygiéniques pourtant contestables elles aussi : le prépuce ne servirait à rien, sinon à favoriser le développement de microbes, d'infections urinaires et la formation d'un éventuel phimosis, autant le couper dès la naissance. La circoncision est alors présentée comme un acte médical préventif (plutôt que thérapeutique).

Ainsi, en 1980, aux États-Unis, la population mâle circoncise dépassait les 80 %. Les chiffres sont aujourd'hui en nette baisse, mais demeurent considérables si on les compare aux chiffres européens, y compris ceux de la Grande-Bretagne, où la circoncision était passée de mode dès les années 1950.

L'indication de la circoncision pour des raisons d'hygiène est contestée. Il n'y aurait pas d'avantage sanitaire observable chez les populations la pratiquant. Bien au contraire, les conditions souvent douteuses d'une intervention rituelle seraient à l'origine de nombreuses complications.

Interprétation du rite

Hérodote expliquait déjà la circoncision par une prescription hygiénique. On a dit aussi qu'elle accroissait la vigueur sexuelle et la jouissance du mâle. Inversement, le philosophe Philon d'Alexandrie voyait dans la circoncision une renonciation symbolique aux péchés de la chair. Une autre interprétation religieuse fait de ce rite une forme édulcorée de sacrifice : plustôt que d'offrir son corps entier à la divinité qui lui a donné la vie, l'homme lui fait présent d'une petite partie de sa chair.

On voit aussi dans la circoncision et l'excision une façon d'affirmer la virilité d'une part (par la suppression du prépuce masquant le gland), et la féminité de l'autre (par l'ablation du clitoris, conçu comme une sorte de pénis féminin sur la base de son apparence externe). Cette conception est traditionnelle et ne rend pas compte de la réalité anatomique. L'excision enlève la totalité d'un organe du fait d'une conception du féminin qui serait par nature tentateur et voué au plaisir. Il s'agit donc de préserver les femmes de la tentation d'adultère comme le montre l'opération quand elle est pratiquée complètement, c'est à dire avec infibulation. Le sexe de la femme est conçu comme la propriété de l'homme qui en a la jouissance. L'excision n'a donc rien à voir avec la circoncision ; tandis que la circoncision n'est pas mutilante, l'excision est une mutilation irréversible.

L'interprétation la plus fréquente, dans les civilisations où la circoncision a lieu à la pré-adolescence, considére la circoncision comme un rite initiatique permettant à l'enfant de devenir adulte, son sexe étant assimilé à un serpent qui mue en perdant sa première peau.

Une autre interprétation doit être trouvée dans les civilisations voulant que l'opération ait lieu huit jours après la naissance. Peut-on considérer que la Bible a cherché là un moyen d'adoucir les connotations sexuelles d'un rite païen antérieur aux textes sacrés du judaïsme ?

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