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![]() Le baptême de Clovis, d'après Saint Gilles |
Clovis fut roi des Francs de 481 à 511 après J.-C. Le nom de Clovis – d'une transcription forgée au XIXe siècle – vient du franc Hlodowig, composé des racines hlod (= renommée) et wig (= combat) : il donne en français Louis, prénom de la majorité des rois de France, et en allemand Ludwig, aussi latinisé en Ludovic). Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l'origine de noms tels que Clotaire (et Lothaire), Clodomir ou Clotilde.
Nous connaissons Clovis à travers la longue description de son règne par Grégoire de Tours, un évêque proche du pouvoir, dont l'Histoire, rebaptisée tardivement Histoire des Francs est riche d'enseignements, bien que parfois peu rigoureuse.
La Gaule à la fin du Ve siècle
À la fin du Ve siècle, la Gaule est morcelée sous l'autorité de plusieurs peuples barbares, constamment en guerre les uns contre les autres :
En 481, Clovis, fils de Childéric Ier et de Basine, prit quant à lui la tête d'un royaume franc salien situé dans la région de Tournai en Belgique. Les siens, d'anciens serviteurs de Rome, n'en demeuraient pas moins des Germains, païens et bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisés près de cinq cent ans plus tôt.
Clovis n'était alors âgé que de quinze ans et rien ne prédisposait ce chef barbare parmi tant d'autres à supplanter ses rivaux. Néanmoins, son couronnement allait donner naissance à la première dynastie de rois de France : les Mérovingiens, du nom de son grand-père légendaire Mérovée.
À la lumière des événements postérieurs, sa réussite, si elle est incontestable sur le plan militaire, doit au moins autant à l'expérience romaine de la guerre que les siens devaient avoir acquis – la discipline exigée de ses soldats lors de l'épisode de Soissons en témoigne, tout comme la tombe de son père, Childéric Ier – qu'elle ne doit à son alliance avec l'Église gauloise, et à travers celle-ci, avec les élites gallo-romaines.
Aussi, le règne de Clovis s'inscrit plutôt dans la continuité de l'Antiquité tardive que dans le haut Moyen Âge pour de nombreux historiens. Il contribue cependant à forger le caractère original de cette dernière période en donnant naissance à une première dynastie de rois chrétiens et, en raison de son acceptation par les élites gallo-romaines, en créant un pouvoir original en Gaule.
Pour cela, il n'hésita pas à éliminer tous les obstacles : il fit assassiner tous les chefs saliens et rhénans voisins, certains de ses anciens compagnons, et même certains membres de sa famille afin de s'assurer que seuls ses fils hériteraient de son royaume.
Il se lança d'autre part dans une grande série d'alliances et de conquêtes militaires, au début seulement à la tête de quelques milliers d'hommes. Plus que les armes, comme cela a été longtemps cru – celles des Francs étaient efficaces, certes – c'est un savoir-faire au combat acquis au service de l'Empire et contre les autres barbares qui a sans doute rendu possible pour les guerriers de Clovis de prévaloir.
Autre idée qu'il faut rejeter, à travers lui ce n'est pas un peuple germanique qui s'impose aux gallo-romains, mais la fusion des éléments germains et latins qui se poursuit. Au temps de Clovis, de même que Syagrius, pourtant qualifié de « Romain » par les sources, portait un nom barbare et ne bénéficiait visiblement pas de l'appui de son peuple, Théodoric, dans sa cour de Ravenne, perpétuait tous les caractères de la civilisation romaine tardive.
Si Clovis sut s'imposer assez rapidement, bien qu'au prix de durs combats, c'est certainement parce qu'en définitive ils paraissait être un moins mauvais maître que la plupart des prétendants : au moins, auraient dit les Gallo-romains, était-il chrétien.
Peu à peu, Clovis conquit la moitié nord de la France actuelle : il s'allia d'abord aux Francs rhénans, en 484. Puis il mena des offensives vers le sud, à partir de 486, en commençant par renverser Syagrius, le dernier représentant de l'empire romain déchu. Contre ce dernier, il emporta les villes de Senlis, Beauvais, Soissons et Paris dont il pilla les alentours... C'est lors de ces campagnes qu'eut lieu le célèbre épisode du vase de Soissons.
Grâce à son charisme et peut-être en raison de l'autorité dont lui même jouissait, Rémi sut se faire respecter de Clovis et lui servit même de conseiller. Il l'incita notamment à demander en mariage Clotilde, une princesse chrétienne fille d'un roi des Burgondes (ce peuple voisin des Francs était établi dans les actuels Dauphiné et Savoie). Le mariage eut lieu en 493, à Soissons.
Dès lors, selon Grégoire de Tours, Clotilde fit tout pour convaincre son époux de se convertir au christianisme. Mais Clovis fut d'abord réticent : il doutait de l'existence d'un Dieu unique ; la mort en bas âge de son premier fils ne fit d'ailleurs qu'accentuer cette méfiance. D'autre part, en acceptant de se convertir, il craignait de perdre le soutien de son peuple, encore païen. Néanmoins, il devait avoir plus que tout besoin du soutien du clergé gallo-romain car ce dernier avait une grande influence sur la population gauloise. Les évêques, à qui avaient échu le premier rôle dans les cités depuis que s'étaient effacées les autorités civiles, demeuraient les réels maîtres des cadres du pouvoir antique en Gaule. C'est-à-dire également des zones où se concentrait encore la richesse.
C'est finalement à l'issue de la bataille de Tolbiac, vers 496, que le destin ou le hasard effaça les doutes de Clovis : alors que celui-ci luttait contre les Alamans afin d'étendre son territoire vers l'est (dans les actuelles régions d'Alsace, de Moselle et outre-Rhin), son armée était sur le point d'être vaincue. Toujours d'après Grégoire de Tours, ne sachant plus à quel dieu païen se vouer, Clovis pria alors le Christ et lui promit de se convertir s'il obtenait la victoire. Au cœur de la bataille, alors que lui-même était encerclé et allait être pris, le chef alaman fut tué d'une flèche, ce qui mit son armée en déroute. La victoire était à Clovis et au dieu des chrétiens.
Clovis reçut le baptême avec trois-mille guerriers – les baptêmes collectifs étant alors une pratique courante – des mains de saint Rémi, à Reims, le 25 décembre 496 ou 498. Ce baptême est demeuré un événement significatif pour l'histoire de France : tous les rois français furent, par la suite, sacrés dans la cathédrale de Reims jusqu'à Charles X, en 1825.
Ainsi, le baptême de Clovis marquait le début du lien entre le clergé et la monarchie française. Dorénavant, le souverain devait régner au nom de Dieu et seuls ses descendants directs pouvaient prétendre au trône. Ce baptême permettait également à Clovis d'asseoir durablement son autorité sur les populations qu'il dominait : avec ce baptême, il pouvait compter sur l'appui du clergé pour poursuivre l'expansion de son royaume.
L'extension du royaume de Clovis vers l'est
Toute sa vie, Clovis tenta de conserver son royaume pour ses fils, selon la tradition germanique, et d'agrandir le territoire de celui-ci. La conversion et le baptême
L'évêque de Reims, le futur saint Rémi, cherchait alors probablement la protection d'une autorité forte pour son peuple. Les contacts furent nombreux entre le roi et l'évêque, ce dernier incitant d'abord Clovis à protéger les chrétiens présents sur son territoire.
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| Portrait de Clovis sur une médaille de bronze de 1720 |
Au printemps 507, les Francs lançèrent leur offensive vers le sud, franchissant la Loire vers Poitiers. Ils affrontèrent l'armée d'Alaric II dans une plaine. La bataille fut terrible selon l'Historiographie, mais les Wisigoths se replièrent après la mort de leur roi.
Cette victoire permit aux Francs de poursuivre leur expansion vers le sud et de conquérir le Languedoc, le Limousin, l'Aquitaine et la Gascogne...
Paris, la nouvelle capitale
Après Tournai et Soissons, Clovis choisit finalement comme capitale Paris, en 508. Il est notable que le pacte de la loi salique est lui aussi daté d'après 507 : peut-être sa promulgation coincida-t-elle avec l'installation du roi à Paris.
Ses raisons furent sans doute principalement stratégiques, la cité ayant été une ville de garnison et une résidence impériale vers la fin de l'Empire.
Sous le règne de Clovis, en tous cas, et même durant l'ensemble de la période mérovingienne, la ville ne connut pas de changements majeurs : le patrimoine immobilier antique fut conservé, parfois réaffecté. Seuls de nouveaux édifices religieux donnés par la famille royale et par l'aristocratie transformèrent radicalement les lignes du paysage urbain. Mais c'est surtout après la mort de Clovis que les premiers de ces édifices virent le jour (voir article Clotilde).
La sépulture royale
Clovis décéda à Paris en 511, âgé de 45 ans.
Selon la tradition, il aurait été inhumé dans la basilique des Saints-Apôtres, future église Sainte-Geneviève, qu'il avait fait construire sur le tombeau même de la sainte tutélaire de la cité, à l'emplacement de l'actuelle rue Clovis (rue qui sépare l'église Saint-Etienne-du-Mont du lycée Henri-IV).
En réalité, le monument qui accueillait les reliques de la sainte n'était pas achevé. Clovis fut plutôt inhumé, comme l'écrit Grégoire de Tours, dans le sacrarium de la basilique des Saints-Apôtres, c'est-à-dire dans un mausolée construit exprès à la manière de la sépulture qui avait accueilli Constantin le Grand aux Saints-Apôtres à Constantinople (P. Périn).
Le partage du royaume en 511
À la mort de Clovis, ses fils, (Clotaire, Clodomir, Thierry et Childebert) se partagèrent le royaume qu'il avait mis une vie à réunir, conformément à la tradition franque.
Seules la Provence, la Septimanie et la Burgondie avaient résisté au premier Mérovingien.
Son royaume put donc être découpé en quatre parts conséquentes, dont trois à peu près équivalentes. La quatrième, entre Rhin et Loire fut attribuée à Thierry, l'aîné des fils de Clovis. Elle était plus grande, puisqu'elle couvrait environ un tiers de la Gaule franque.
Le partage eut lieu en présence des grands du royaume, de Thierry qui était déjà majeur et de la reine Clotilde, selon Grégoire de Tours. Il fut établi selon le droit privé que Clovis avait fait inscrire dans la loi salique : en 511, c'est donc avant tout le partage d'un patrimoine, celui des héritiers d'un roi propriétaire de son royaume qu'on observe.
On peut, à la lumière de cette remarque, comprendre que la royauté des Francs ignorait la notion de « biens publics » (la res publica des Romains) et donc d'État. La disparition de l'État, en effet, est consommée à travers le partage du royaume de Clovis.
Mais, le fait que le partage ait également été la « pratique » des derniers Empereurs romains nous montre que la dissolution de la notion d'État était antérieure à cet événement, antérieure même aux pouvoirs barbares : elle avait été initiée au temps de l'Empire.
Enfin, fait notable, les quatre capitales des nouveaux royaumes étaient toutes situées au centre de l'ensemble, relativement proches les unes des autres et dans l'ancien royaume de Syagrius : à partir de ce moment
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