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Le terme de diathèse s'utilise en linguistique pour désigner ce que l'on entend plus communément par « voix » verbale. La diathèse décrit comment s'organisent les rôles sémantiques dévolus aux actants par rapport au procès verbal ; elle considère surtout comment sont répartis ceux d'acteur du procès verbal et de patient (le cas échéant). Changer la diathèse d'un verbe quand l'opération est possible ne doit pas modifier profondément le sens de l'énoncé.
Certains verbes sont intrinsèquement dénués de toute notion de diathèse : ce sont principalement les verbes d'état (comme être, paraître, sembler, demeurer, rester, etc. en français) ; ceux-ci sont en effet extérieurs à la notion d'actance.
L'on considère qu'il existe deux diathèses principales que l'on peut permuter :
| Table of contents |
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2 Voix passive 3 Voix moyenne 4 Réflexion 5 Constructions ergatives |
Dans cette diathèse, le sujet grammatical et l'objet grammatical coïncident respectivement avec les rôles sémantiques d'acteur et d'objet patient. La voix active est de loin la manière « normale » et la plus répandue dans les langues du monde pour énoncer une action verbale.
Dans les langues flexionnelles, le sujet est normalement au nominatif, l'objet à l'accusatif. Le cas est différent dans les langues à ergativité verbale (voir aussi plus bas).
Exemples :
Il est notable que toutes les langues n'ont pas le choix entre plusieurs voix : la voix passive est donc une possibilité parmi d'autres d'énoncer l'action verbale. C'est le cas en créole de la Guadeloupe, par exemple, qui ne dispose que de l'actif (il y existe cependant quelques verbes de sens passif, comme pri « être pris » par opposition à pwann « prendre », mais cette distinction est lexicale et non syntaxique : il n'est pas possible de transformer n'importe quelle phrase active en phrase passive. Ainsi : an ka pwann biten-lasa « je prends cette chose » ~ biten-lasa ka pri « cette chose est prise », mais on ne peut rendre passif l'énoncé an ka vwè biten-lasa « je vois cette chose » parce qu'il n'existe pas de verbe « être vu »).
Dans cette diathèse, l'objet patient devient sujet grammatical. C'est donc une thématisation du patient par inversion des actants.
Cette diathèse est le plus souvent sentie comme secondaire par rapport à la voix active (qui serait un « degré zéro » d'expression) ; il s'agit de la transformation d'un énoncé actif, dans laquelle l'objet patient de l'actif devient le sujet patient (« sujet grammatical qui subit l'action »), tandis que le sujet acteur devient le complément d'agent du verbe. Ce qui montre bien le caractère secondaire de cette diathèse dans certaines langues, c'est la possibilité de construire un énoncé passif agentif (à partir d'un verbe qui s'y prête) tout en créant une phrase qui « ne se dirait pas » ; prenons l'exemple du français : la choucroute est mangée par moi est un énoncé valide mais artificiel par rapport à je mange la choucroute.
Le verbe lui-même peut changer de forme dans les langues flexionnelles (il se met à la voix passive). Selon les langues, le complément d'agent est souvent introduit par une préposition :
Exemples de transformation passive des énoncés précédents :
L'on a ici envisagé les cas où la phrase passive serait le résultat de la transformation d'une phrase active. Le complément d'agent y est donc obligatoire, puisqu'il reprend le sujet de la phrase active. Par conséquent, seuls les verbes transitifs directs (c'est-à-dire les bi- ou trivalents) peuvent subir cette transformation (on ne peut considérer valides des transformations comme je lui parle > *il est parlé à par moi ; en revanche, cette langue est parlée par des milliers de locuteurs est valide, puisque l'on utilise le verbe parler de manière transitive directe). C'est pour cela que l'on parle de passif agentif.
Exemples :
On le voit, le passif non agentif est sans doute la forme la plus complexe de passif ; son emploi varie énormément d'une langue à l'autre et ses emplois permettent des énoncés parfois intraduisibles directement.
En outre, certains verbes des mêmes langues indo-européennes sont exclusivement conjugués au moyen ; on les nomme media-tantum (seulement moyens) ou encore déponents (ce dernier terme étant surtout réservé au latin et au grec). S'il existe bien quelques verbes media tantum de valeur passive, dans la plupart des cas celle-ci est moyenne, active ou intransitive. De plus, vu qu'en en latin la diathèse moyenne est devenue passive, les media tantum qui ont conservé un sens moyen sont particulièrement notables.
Exemples :
Voix active
Voix passive
Passif agentif
Il est entendu que l'ordre dans lequel se suivent les actants dépend de la langue.
Notes
Passif non agentif
Il existe cependant des constructions passives qui ne sont pas issues de telles transformations et dans lesquelles l'agent n'est pas nécessaire voire impossible. Si le sujet patient d'un énoncé au passif non agentif continue de « subir l'action », le sujet sémantique de l'énoncé (celui qui agit réellement) n'est pas indiqué. Dans certaines langues (anglais, latin, grec dans une moindre part) un verbe peut être mis au passif non agentif alors qu'il est intransitif ou transitif indirect ; il peut même recevoir un objet patient. Dans ce cas, le passif non agentif sert de forme impersonnelle, indiquée dans les exemples suivants par la traduction au moyen de on.
en français, le passif non agentif et le passif agentif ne se distinguent que par l'absence de complément d'agent. Seuls les verbes transitifs directs peuvent être concernés ;
on note là une construction équivalant à a knife [sujet patient] was given [verbe transitif au passif] to Marc [complément d'attribution]. Le patient de la phrase n'est plus le sujet grammatical de la phrase passive ;
Les constructions impersonnelles sont moins fréquentes en grec et se limitent à un certain nombre de verbes ;
le chinois fonctionne bien différemment des autres langues vues jusqu'ici : il distingue syntaxiquement les constructions au passif non agentif selon que le sujet-patient est humain ou non humain. Dans le premier cas, la préposition 被 bèi (ou « pseudo-verbe » : en chinois, les prépositions sont souvent des verbes ; le terme même de « préposition » n'est qu'une habitude de la grammaire latine) doit être utilisée seule, devant le verbe (on peut aussi considérer qu'elle est employée comme préfixe verbal). Elle correspond à la préposition par, by, ὑπὸ, ab, des autres langues analysées ici. Si le sujet-patient est non humain, rien ne permet de distinguer sytaxiquement la diathèse d'un verbe transitif employé absolument (sans objet). Seul le contexte permet de trancher. Voix moyenne
Bien moins répandue, la voix moyenne est une diathèse surtout indo-européenne, qui ne s'est que rarement conservée dans les langues modernes dérivées. Elle indique que le sujet-agent accomplit l'action dans son propre intérêt ; il est en sorte agent et patient du procès verbal. Certaines utilisations de la voix moyenne recoupent donc celles de la construction réflexive (comme je me lave). Il serait cependant erroné de parler de voix moyenne pour le français (d'autant plus que la tournure pronominale ne se limite pas à cette diathèse). Le moyen se rencontre principalement en grec ancien, sanskrit, islandais (ancien et moderne) et latin pour une faible part (celui-ci ayant transformé la diathèse moyenne en passif). Il est notable qu'historiquement l'indo-européen opposait l'actif au moyen et ne connaissait pas le passif, qui n'a été qu'un développement tardif, souvent à partir du moyen lui-même (comme en latin). Ainsi, en grec ancien le moyen et le passif sont identiques sauf à deux temps, futur et aoriste : c'est pour cela qu'on parle souvent de voix médio-passive. En sanskrit, le passif et le moyen ne se distinguent principalement qu'au présent ; ailleurs, c'est le moyen qui est utilisé pour signifier l'une ou l'autre voix. En islandais, enfin, les verbes moyens sont obtenus par la suffixation de -st (qui vient de de -sk en vieil islandais, lui-même issu de sik, accusatif du pronom réfléchi « soi-même ») et ne sont pas hérités de l'indo-européen. Ils possèdent plusieurs valeurs, parmi lesquelles une valeur réfléchie (voire moyenne), réciproque, passive, ou perfective, entre autres. On le voit, on nomme « voix moyenne » une diathèse qui n'est pas forcément de valeur moyenne mais peut emprunter les valeurs des autres diathèses.Réflexion
[À compléter]