|
|
L'eugénisme (du grec eu, bien et gennân, naissance) signifie littéralement bien-naître. L'eugénisme est une idéologie fondée sur le darwinisme et la génétique ; elle cherche à appliquer à la société humaine la théorie de la sélection naturelle.
La signification du terme eugénisme a évolué depuis sa première utilisation. Le terme eugénisme est dérivé du terme eugénique. Le terme (the eugenics) a été popularisé par le psychologue et physiologiste anglais, Francis Galton, cousin de Charles Darwin. Avant l’utilisation du terme eugenics, F. Galton a également utilisé le terme viriculture.
En 1883, Francis Galton (alors totalement ignorant des travaux de Gregor Mendel sur la transmission des caractères héréditaires) écrivit un ouvrage utilisant pour la première fois le terme the eugenics. A l'époque, Galton commettait une confusion entre d'une part l'amélioration génétique des races humaines par sélection de caractères héréditaires jugés souhaitables et/ou élimination des caractéres jugés indésirables et d'autre part l'amélioration des individus par des interventions portant sur leurs conditions de vie.
Cette confusion entre aspect génétique et aspect social ne s'est dissipée que progressivement. Par exemple, en 1936, J. Huxley définit l'eugénique comme étant l'ensemble des méthodes visant à améliorer les races humaines et dont l'objectif consiste à compenser la tendance des systèmes sociaux et politiques des pays développés. A cette époque, le terme d'eugénique semble avoir eu une définition beaucoup plus sociale que génétique.
Cependant, le principe initial défini par Galton était directement en rapport avec l'enseignement et les travaux de Darwin, lui-même très influencé par Malthus. Selon Darwin, les mécanismes de la sélection naturelle sont contrecarrés par la civilisation humaine. En effet, un des objectifs de la civilisation est d'une certaine façon d'aider les défavorisés, donc de s'opposer à la sélection naturelle responsable de la disparition des plus faibles. Selon les tenants de l'eugénisme, la perte d'efficacité liée à la protection de la civilisation pourrait entrainer une augmentation progressive du nombre d'individus qui auraient normalement dû être éliminés du fait des processus naturels de la sélection. Les partisans de l'eugénisme proposent donc de promouvoir des actions visant à compenser les effets de la perte des mécanismes de sélection naturelle au sein des sociétés dites évoluées.
Les principes de l'eugénisme sont donc posés sur cette conception de base - compenser la perte des mécanismes de sélection naturelle -; cette conception a inspiré de très nombreuses et très diverses philosophies, théories scientifiques ou pseudo-scientifiques, et pratiques sociales.
Cependant, cette conception très darwinienne n'a pas été reçu de la même façon dans tous les pays. Ainsi, la France par exemple, a longtemps été très réticente aux idées darwiniennes car très marquée par la lamarckisme et influencée par la position de l'Eglise Catholique.
En quelques mots, la différence majeure entre l'enseignement de Darwin et celui de Lamarck, porte sur le moteur de l'évolution :
Jusqu'en 1933, l'eugénisme était considérée comme une doctrine scientifique. Il s'agissait d'améliorer la (ou les) race(s) humaine(s) à travers le contrôle de la reproduction. A travers l'eugénisme, les scientifiques espéraitent éliminer les pathologies héréditaires (on parle d'eugénisme médical) ainsi que les déviances sociales qui pourraient avoir une origine
héréditaire (telle que la criminalité).
La politique eugéniste de l'Allemagne nazie s'est mise en place dès 1933. Elle consiste d'une part à favoriser la fertilité des humains considérés supérieurs (politique pro-nataliste, soutient familial, pouponnières...) et d'autre part à prévenir la reproduction des humains considérés comme inférieurs ou eugéniquement non désirables (les criminels...).
Avant même l'arrivée de Hitler au pouvoir, la majorité des scientifiques et des hommes politiques étaient favorables à l'eugénisme.
La loi de 1934 portant sur la stérilisation eugénique s'est mise en place à l'aide de la participation active du docteur Gütt (médecin haut fonctionnaire), de Falk Ruttke (juriste) et Ernst Rüdin (psychiatre génétique suisse). Cette loi impose la stérilisation obligatoire pour les malades atteint de neuf maladies considérées comme héréditaires ou congénitales (cécité, alcoolémie, schizophrénie...). On estime que 400 000 allemand-e-s ont été stérilisé-e-s entre 1934 et 1945. Ces stérilisations ont fait l'objet d'un quasi consensus dans la communauté médicale allemande.
De nombreuses études montrent que l'eugénisme allemand n'était pas l'acte isolé d'un pervers, mais le résultat d'un processus d'élimination systématique, basé sur des techniques souvent de haut niveau scientifique.
Voir aussi
arrêt Perruche, homme amélioré, néo-malthusianisme
Quelques références
Histoire du terme eugénisme
Interprétations de l'eugénisme
Position de pays tels que la France ou l'Union Soviétique sur l'eugénisme
Position des pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques
Position de l'Eglise Catholique
Le cas de l'eugénisme nazi
Par exemple, l'Allemagne a cherché à lutter contre l'avortement pour les femmes considérées supérieures, alors que dans le même temps la circulaire secrète de 1934 autorisait l'avortement pour les femmes devant être ultérieurement stérilisées. Le décret secret de 1940 a été plus loin en rendant obligatoire l'avortement pour les femmes "inférieures".
Un autre exemple est celui de l'homosexualité, alors considérée comme une maladie. L'Allemagne eugéniste proposait aux homosexuels le choix entre la castration volontaire ou la mise en camps de concentration.
D'autres pratiques, hors cadre légal, ont été utilisées pour éliminer les personnes indésirables, camps de concentration pour les alcooliques, criminels, délinquants, asociaux divers, castration des criminels sexuels et homosexuels, stérilisation des enfants batards nés de mères allemandes et pères africains, nord africains, indochinois de l'armée d'occupation
française, extermination des tziganes et des juifs.
Il est également intéressant de noter que l'eugénisme a remis en avant une notion alors obsolète : celle de "race aryenne" alors que les anthropologues de l'époque parlaient plutôt de race nordique ou de race alpine.