Fondamentalisme

Table of contents
1 Définitions
2 Typologie
3 Evolution
4 Voir aussi
5 Lire aussi
6 Liens internes

Définitions

distinguer fondamentalisme, intégrisme et fanatisme. En Amérique, le mot fondamentalisme n'a pas immédiatement la même connotation qu'en France où il en est venu, selon Gilles Kepel dans La revanche de Dieu, à ne nommer presque exclusivement les islamismes radicaux l'usage du pluriel est délibéré ce qui peut pousser à chercher un autre terme pour parler des catholicismes radicaux. Le mot intégrisme ou intégralisme convient parfaitement puisque c'est l'étiquette que ces radicaux se sont donnée eux-mêmes.

Mais le mot fondamentalisme, comme celui de millénarisme en sociologie, en est venu ici à désigner un phénomène général.

Protestantisme

On s'accorde à la faire remonter au Colloque de Niagara (1895) où se réunirent quelques responsables d'églises évangéliques tentant de se prémunir
-sur leur gauche, de la critique radicale initiée par le protestantisme Allemand spécialement dans sa composante libérale
-sur leur droite, l'église catholique romaine vient de poser l’infaillibilité pontificale dans l'encyclique Pastor Aeternus, en 1870

Ils définissent 5 points de fondamentalisme :

  1. la divinité du Christ,
  2. sa naissance virginale,
  3. la doctrine de l'expiation vicaire
  4. et la résurrection corporelle lors de la seconde venue du Christ.
  5. l'autorité et l'inérrance verbale de la Bible.

C'est donc le nom que ces églises protestantes se donnèrent elles-mêmes. Toutefois, certains attribuent la paternité du mot, employé indifféremment comme nom ou adjectif, à Curtis Lee Laws, rédacteur en chef d'une revue conservatrice : Watchman-Examiner

Catholicisme

En matière de catholicisme, on parlera plutôt d'intégralisme ou d'intégrisme. Voici la façon dont Michel de Certeau (Article Catholicisme, Encyclopedia Universalis, 1995) décrit l'un de mouvements intégristes du catholicisme, Le cas Lefebvre :
Enrichis et confortés par le flash estival (1976) qui les a un moment sortis de l’ombre, les réseaux traditionalistes reprennent leurs activités, dont l’histoire remonte au début de ce siècle. Leur recrutement s’est accru un peu; leurs capitaux, beaucoup, mais sans que s’en trouve modifiée une structure très solide de choix politiques, de soutiens financiers et de comportements religieux ou dogmatiques. De la séquence de l’été 1976, on retiendra seulement une rencontre entre ces organisations occultes et l’opinion publique.
[...]D’abord, l’écho de l’affaire indique un fonctionnement sociopolitique : Mgr Lefebvre correspond, en effet, à l’idée que la grande majorité de la population française se fait de l’Église. Elle y reconnaît ses souvenirs d’enfance: le latin, les clochettes de messe, un appareil doctrinal, des règles strictes, etc. Le religieux est devenu un passé dormant dans les mémoires. Cet imaginaire social «enfantin» (originaire et silencieux, in-fans) semble avoir une stabilité que n’auraient guère affectée les réformismes postconciliaires et la publicité que leur ont faite les mass media. Les efforts des clercs et les bruits des journalistes n’auraient touché que superficiellement une résistance (croyante ou non croyante) des sous-sols de la culture: massivement, les mentalités «religieuses», tel un gisant, seraient présentes dans l’espace social, mais étrangères aux contraintes et aux dynamismes du présent.
Mais pourquoi ce retour du passé? Le recul des idéologies politiques – leur démystification ou leur impuissance – laisse la place à un traditionalisme des croyances et des pratiques. Là où le politique fléchit, le religieux revient. L’alliance de ce revenant catholique et d’un conservatisme politique n’est pas un hasard. La désillusion concernant la possibilité de construire un projet social ramène sur la scène les moines «purs et durs», défenseurs d’un passé, conducteurs prophétiques de sectes conventuelles qui se substituent aux programmes de société, supporters et fournisseurs de croyances là où elles s’effondrent – en attendant ou en même temps que des politiciens «charismatiques» investissent le même rôle.
Une figure religieuse et politique resurgit pourtant avec l’évêque français, chef d’ordre, fondateur de séminaire, leader d’une secte – silhouette derrière laquelle se dessine déjà la combinaison entre un besoin public de croire et un pouvoir personnel. Entre le boulangisme (1886-1891) et La Colline inspirée de Maurice Barrès (1913), il y avait des homologies. L’histoire, cette fois-ci, commencerait-elle par le roman?

Islam

En matière d'Islam, on devrait parler de wahhabisme plutôt que d'islamisme ou d'islamisme politique. Voici l'avis d'un contemporain de la réforme wahhabite, au moment de sa mise en place au XVIIIe siècle, le Marquis de Sade écrit du fond de sa prison :
(à venir)

Typologie

L'American Academy of Arts and Sciences s'est lancée il y a une dizaine d'années dans un projet "The Fundamentalism Project " auquel participèrent des chercheurs de partout dans le monde.

8000 pages furent publiées aux Presses de l'Université de Chicago en 5 volumes. Le dernier chapitre du premier volume fait une première liste des "airs de famille" communs aux différents fondamentalismes (le terme recouvre ici une réalité plus large que celle dont Curtis Lee Laws parlait au début du XXe siècle):

(traduction libre)

  1. les fondamentalistes cultivent un idéalisme religieux essentiel au maintien de leur identité personnelle et communautaire;
  2. le fondamentalisme comprend la vérité comme une et révélée;
  3. le fondamentalisme cherche à scandaliser;
  4. les fondamentalistes se perçoivent comme des acteurs importants dans un conflit d'envergure cosmique;
  5. ils réinterprètent l'histoire à la lumière de ce conflit;
  6. ils diabolisent leurs opposants et sont essentiellement réactionnaires;
  7. les fondamentalistes sont sélectifs; ils ne conservent de leurs traditions et de leurs héritages que certains aspects;
  8. le fondamentalisme a toujours un homme (au sens vir) à sa tête;
  9. ils envient l'hégémonie culturelle de la modernité et visent à accéder au pouvoir.
7500 pages plus loin, on affine la question et présente les cinq  caractéristiques idéologiques du fondamentalisme:
  1. le fondamentalisme est avant tout préoccupé par l'érosion de la religion et de son rôle social ;
  2. les fondamentalistes sont sélectifs à l'égard de ce qui dans leur tradition et dans la modernité est jugé digne d'être préservé ou condamné;
  3. le fondamentalisme est dualiste;
  4. le fondamentalisme met l'emphase sur le caractère absolu et inhérent de sa source de révélation;
  5. le fondamentalisme est millénariste ou messianiste.

Quatre constantes dans les groupes fondamentalistes:
  1. le groupe est constitué de choisis, d'élus;
  2. les frontières du groupe sont très nettement délimitées;
  3. le groupe a un leader charismatique autoritaire;
  4. le groupe a le sens de la mission.

Dans Defenders of God: The Fundamentalist Revolt Against the Modern Age, Bruce Lawrence y va aussi de sa petite liste:
  1. le fondamentalisme parle toujours du point de vue de la minorité; il se perçoit comme un petit reste de justes même lorsque ses effectifs sont numériquement majoritaires;
  2. les fondamentalistes s'opposent par la confrontation au sécularisme et à ceux de leurs coreligionnaires qui n'en font qu'à leur tête;
  3. ils constituent une élite mâle de seconde classe invariablement dirigée par d'autres mâles plus doués;
  4. le fondamentalisme génère son propre vocabulaire technique;
  5. le fondamentalisme a des antécédents historiques mais n'a aucun précurseur idéologique.

Evolution

Peut-être que le mot intégrisme est aussi en train de connaître un élargissement du même type. Aujourd'hui, en Amérique, le terme fundamentalism est accepté (il s'agit d'une évolution sémantique parfaitement légitime, ) pour désigner non seulement l'ensemble de ce qui en France est connu sous les noms de "fondamentalisme" et d'"intégrisme" mais encore l'ensemble de ce qui est commun à tous les mouvements procédant du même esprit. Bref, le mot désigne aussi, maintenant, un phénomène trans-culturel.

C'est ce phénomène que le "Fundamentalism Project" prend pour objet. Et l'intégrisme catholique n'y échappe pas, bien sûr. C'est d'ailleurs à cet intégrisme-là que les auteurs du premier volume s'intéressent dès le premier chapitre.

Quant à "fanatisme", il est clair qu'on peut être fanatique sans être "fondamentaliste" mais le fondamentaliste, lui, est toujours fanatique.

Voir aussi

Lire aussi

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