Langue à tons

Une langue à tons (ou « langue tonale ») est une langue dans laquelle un changement de tonalité (« hauteur ») dans la prononciation d'un ou plusieurs sons d'un mot entraîne un changement de sens de ce mot. Il ne faut pas confondre la tonalité avec l'intonation qui, elle, indique l'état d'esprit du locuteur, le type d'assertion (affirmation, interrogation, exclamation) mais ne permet d'opposer des paires minimales.

On oppose généralement les langues tonales aux langues accentuelles : une langue tonale ne pourrait pas avoir d'accent tonique, et vice-versa. En fait, certaines langues tonales utilisent les deux procédés, tel le mandarin.

La majorité des langues du monde sont tonales (c'est vraisemblablement parce que ce procédé est très rare en Europe que ce fait est souvent ignoré). On peut citer, parmi les plus célèbres, plusieurs langues d'Asie du Sud Est et d'Extrême Orient :

On compte en Europe principalement le suédois, le slovène, et le lituanien (ou lithuanien) parmi les langues tonales. Pour les deux dernières, il semble que les tons sont en voie de disparition. Le letton (ou lette, langue sœur du lituanien) les a perdus. En Inde, le penjabi est tonal. Le sanskrit l'a sûrement été, mais n'est plus prononcé ainsi (sauf dans les récitations traditionnelles des textes sacrés, mais il s'agit là d'un développement ultérieur). De même le grec ancien et le latin ; du moins ces langues possédaient-elles un accent de hauteur (et non tonique).

Il existe deux types de langues à tons :

Dans le premier système de tons, ce qui importe c'est la hauteur (hauteur seule : tons ponctuels, hauteur et modulations : tons modulés). Dans le second, c'est la mélodie, une modulation indépendante de la hauteur.

Si une langue utilise des tons à registres (ponctuels seuls ou conjointement à la modulation), elle n'utilise pas de tons mélodiques et vice-versa.

Table of contents
1 Registres
2 Tons mélodiques

Registres

Tons ponctuels

Une langue comme le ngbaka (Adamawa oriental), possède trois registres : soit la voix est aiguë (accent aigu dans la notation), soit elle est moyenne (macron), soit basse (accent grave), quelle que soit la hauteur effective. Il suffit de prononcer plus ou moins aigu, peu importe le point de départ et peu importent les inflexions de la voix.

Ainsi : sɔ́, « animal » {haut} ; sɔ̄, « chasser » {moyen} ; sɔ̀, « queue » {bas}. (Dans le premier exemple, il ne faut pas considérer que la voix monte parce qu'il y a un accent aigu. La voix est simplement aiguë.)

Tons modulés

Il peut y avoir modification de la hauteur musicale en passant d'un registre à un autre sur une même syllabe. Ce qui est pertinent, cette fois-ci, c'est tout autant la hauteur que la modulation.

Ainsi, toujours en ngbaka, il existe, outre les tons ponctuels cités, des modulations sur une même syllabe :

Exemple : mbóòó.ndí [mbo⁵¹⁵ndi⁵] (où les chiffres indiquent le contour de la voix, 5 étant le plus aigu, 1 le plus grave), « mangouste rayée ».

La notation de tels tons est assez gênante puisqu'elle laisse croire qu'il y a, dans cet exemple, trois phonèmes [o] à la suite, alors qu'il n'y en a qu'un seul, de même durée qu'une voyelle comme le [i] aigu de la syllabe suivante.

Autre exemple : kpáā [kp͡a⁵³] (kp͡ est une occlusive labio-vélaire, c'est-à-dire que [k] et [p] sont prononcés en même temps et non à la suite), « feuille », a la même durée que kpá, «tranquille », ou que kpáàá [kp͡a⁵¹⁵], « un ».

Tons mélodiques

Dans ces tons, « le trait pertinent est l'absence ou la présence de mélodie et ses variations, et non la hauteur musicale elle-même dont les (...) registres ne sont pas différenciatifs » (Initiation à la phonétique, ouvrage de J.M.C. Thomas, L. Bouquiaux et F. Cloarec-Heiss auquel sont empruntés les exemples).

On parle dans ces langues de « tonèmes », des variations mélodiques dont le système de base oppose un tonème montant à un tonème descendant. L'absence de mélodie est elle aussi pertinente, on parle dans ce cas de « tonème égal ».

Si l'on prend le mandarin, on analyse le système ainsi :

(Il existe également un demi troisième ton.)

On enseigne pourtant dans les grammaires une opposition de registres, qui pourrait laisser croire que le mandarin utilise des tons à registres modulés. Or, dans la pratique, la mélodie seule suffit à se faire comprendre (attention, on ne parle pas ici du cantonais), ce qui est impossible dans des langues comme le ngbaka.

Le ton un, par exemple, doit avant tout être plat, et non pas haut. En fait, à ces mélodies peuvent se superposer des caratéristiques secondaires :

Faire la différence entre des tons modulés et mélodiques est parfois complexe. Ce qui est pertinent, c'est qu'un ton modulé ne peut exister que dans un système de registres indépendants de toute modulation. Or, le mandarin, par exemple, n'a pas de registres purs. Ses tons sont donc mélodiques. L'écart entre le point de départ et celui de l'arrivée peut cependant avoir une certaine importance, qui reste secondaire.

Ainsi, en vietnamien :

Note : on utilise ici à la place de la transcription en API des tons la notation propre au pinyin ; on devrait en fait noter [ʔoː], [ɓâː], [lâːˀ], [kǎʲː] etc., ce qui serait moins clair. L'API distingue bien les différentes sortes de tons (à registres ou à modulations) : Tous les caractères nécessaires n'étant cependant pas présents en Unicode, il faut souvent se contenter d'une notation moins précise ou parallèle.




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