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En typologie des langues, domaine de la linguistique, on appelle langue flexionnelle une langue dans laquelle les mots changent de forme selon leur rapport grammatical aux autres mots. Dans ces langues, tous les mots ne sont pas « invariables » (ce qui est le cas dans une langue isolante) : certains modifient leur prononciation. On dit d'eux qu'ils subissent le jeu de la flexion et que l'ensemble des formes différentes d'un même mot fléchi forment son paradigme. Chaque forme d'un paradigme peut transmettre un ou plusieurs types de traits grammaticaux (genre, nombre, fonction syntaxique, classe lexicale, temps, mode, etc.) pouvant s'opposer (singulier contre pluriel, masculin contre neutre, première personne du singulier contre première personne du pluriel, etc.). Les termes d'un même paradigme, cependant, ne changent pas de sens : seuls les traits grammaticaux s'opposent. La flexion nominale est souvent nommée déclinaison tandis que celle du verbe est la conjugaison.
Il existe plusieurs possibilités de modifications du signifiant (forme sensible, le plus souvent auditive) d'un mot selon son rapport grammatical à d'autres mots de l'énoncé, c'est-à-dire plusieurs types de flexion.
Flexion externe
Ce type de flexion consiste à ajouter un affixe (désinence, affixe de classe) à signifiant variable à une base (radical, thème) le plus souvent invariable.
Le radical n'est parfois pas utilisé nu dans la langue, c'est-à-dire sans au moins un des morphèmes grammaticaux ajoutés : il n'est donc pas forcément autonome (même, dans les langues bantoues d'Afrique, par exemple, le radical nu, ne se rencontre jamais). S'il est souvent invariable, certaines évolutions phonétiques peuvent donner des formes dans lesquelles le radical est modifié au contact de la désinence.
Exemple :
Enfin, si l'information transmise par la désinence peut se résumer à un seul trait souvent pour des raisons explicables par la phonétique historique) : l'ajout d'un e caduc en fin de mot dans plat-e n'indique que le féminin de plat. À l'oral, la forme pourrait être singulière ou plurielle : plate et plates se prononcent maintenant à l'identique.
De même, dans des langues indo-européennes comme le français (rarement), l'anglais ou l'allemand, des évolutions phonétiques ont pu conduire certains mots à adopter un type proche du pluriel interne : l'anglais man fait au pluriel men (par métatonie), le français cheval devient chevaux (opposer [ʃǝval] à [ʃǝvo]). En allemand, de nombreux substantifs subissent une inflexion (ou umlaut) faisant varier le timbre d'une voyelle en plus de l'adjonction d'une désinence : Buch, « livre » fait Bücher, « livres », au pluriel, ou encore trinken « boire » donne (ich) trank « (je) bus ». C'est historiquement le même procédé qui fait passer l'anglais foot, « pied », à feet, « pieds » (ainsi que man / men, woman / women, mouse / mice, etc., qui consituent une liste fermée et de peu d'éléments pour les noms, mais importante pour les verbes dits « irréguliers »).
Si ce sont le plus souvent les voyelles (qualité, quantité ou placement) qui varient dans la flexion interne, dans une langue comme le basque, la flexion interne peut être consonantique : on palatalise certaines consonnes pour obtenir un terme dérivé hypocoristique ; ainsi : sagu [sagu] « souris » mais xagu [ʃagu] « petite souris », tanta [tanta] « goutte » / ttantta [tʲantʲa] « petite goutte ».
D'autres modifications, de nature suprasegmentale, peuvent intervenir, comme des variations dans l'accentuation, le ton, la quantité vocalique, etc. :
Par exemple, en latin, le pronom indéfini nihil « rien », n'a pas de génitif : on lui supplée le génitif d'une périphrase, soit nulius rei « aucune chose ». En grec, le verbe τρέχ-ω /trekhô/ « je cours » n'utilise le radical τρεχ- /trekh/ qu'au thème de présent. Aux autres thèmes (futur, aoriste et parfait), on le remplace par le radical δραμ- /dram/, comme dans l'aoriste ἔ-δραμ-ον /e-dram-on/ « j'ai couru ». Enfin, en français, les différentes formes que prennent les verbes irréguliers sont parfois dues à d'anciens supplétismes : le fait que la première personne du singulier d'aller est (je) vais et celle du futur (j')irai, s'explique si l'on sait que les formes en all- sont bâties sur le radical latin vulgaire alare (classique ambulare), que celles en va- proviennent de vadere tandis que celle en ir- viennent du verbe ire. C'est exactement le même principe pour l'anglais be, am, is et was. Dans le cas du supplétisme, la flexion ne consiste donc plus seulement en une modification du signifiant mais en son remplacement par un autre.
Ainsi, en turc, langue très agglutinante, le mot ev, « maison », peut être complété, entre autres nombreuses possibilités, par les suffixes suivants, qui ne s'excluent que si les informations dénotées sont imcompatibles (un mot ne peut être à la fois singulier et pluriel) et se placent, le cas échéant, dans un ordre précis :
Si l'on compare au latin, langue hautement flexionnelle, et toujours dans le domaine nominal, les faits sont bien différents :
Premièrement, de manière interne, les langues flexionnelles peuvent rendre les mots d'une même nature plus ou moins variables. Le français, dans sa flexion nominale, par exemple, n'indique par le jeu flexionnel que les différences de genre et, rarement (si ce n'est à l'écrit) de nombre : alors que les deux formes cheval [ʃǝval] et chevaux [ʃǝvo] se distinguent bien, mais pas rose / roses, qui se prononcent tous deux [roz]. La flexion verbale, quant à elle, confond sous un même signifiant plusieurs formes : (je) mange, (tu) manges (il) mange, (ils) mangent et mange (impératif) se prononcent tous de la même façon. Seul le contexte grammatical et la graphie permettent de lever l'ambiguïté. Parfois même, les mots restent invariables, ce que la graphie peut cacher. Un adjectif comme sage se prononce [saʒ] au singulier, pluriel, masculin et féminin. En français, tous les mots d'une même nature fléchissable ne subissent pas forcément la flexion, du moins oralement.
Deuxièmement, les langues, comparées les unes aux autres, offrent des possibilités flexionnelles très différentes : en règle général, plus une langue flexionnelle vivante est écrite depuis longtemps, plus elle a simplifié ses différentes flexions au cours du temps. Ainsi, le grec ancien, le latin ou le sanskrit sont fortement fléchis, possèdent de nombreux paradigmes différents et de nombreux cas, tandis que le grec moderne, l'ancien français et l'hindi (langues issues des premières) sont plus limitées en nombre de formes et plus régulières. Le français actuel, descendant de l'ancien français, est encore plus limité : il n'a, si ce n'est dans certaines formes pronominales, plus de flexion nominale réelle et limite ses modifications au genre et au nombre. Le verbe, bien qu'encore fléchi, offre cependant nombre de formes ambiguës.
On en doit pas perdre de vue qu'il n'existe pour ainsi dire aucune langue qui soit entièrement d'un seul type : le français est avant tout synthétique mais conserve des traces du type flexionnel latin dont il provient. Plus une langue est flexionnelle, plus sa syntaxe est souple : l'ordre des mots, en latin, grec ou sanskrit, n'a, pour ainsi dire, qu'une valeur stylistique ; que l'on écrive Petrum Paulus verberat, Paulus Petrum verberat ou verberat Paulus Petrum, etc., l'énoncé garde un sens global identique : « Paul frappe Pierre ».
Radical et désinences
Les affixes flexionnels, dits le plus souvent désinences, s'ajoutent à un radical (ou un thème quand le radical est déjà modifié). Par exemple, dans le mot dansons /dãsõ/, on reconnaît un radical dans- /dãs/ et une désinence -ons /õ/ ; ce qui permet de distinguer le radical de la désinence, c'est que ce même radical peut être retrouvé dans d'autres mots : dans-er /dãse/, danse /dãs/, dansions /dãsjõ/, etc. De même pour la désinence : mangeons /mãʒõ/, lançons /lãsõ/, citons /sitõ/, etc. Affixes de classe
Parfois, la désinence ne se contente pas d'indiquer un rapport grammatical mais aussi l'appartenance du radical à un ensemble d'éléments liés à un même champ sémantique, dit « classe » (ainsi la classe des humains, la classe des langues, des émotions, des couleurs, etc.). Dans les langues bantoues, ces morphèmes sont dits préfixes de classes.Flexion interne (ou introflexion)
Dans d'autres cas, la flexion ne fonctionne pas par ajout ou changement d'un morphème mais par changement phonétique du radical lui-même (pour certains linguistes, il s'agit de l'effet d'un affixe nommé « simulfixe »). Le plus souvent, c'est le timbre des voyelles du radical qui varie ; en arabe, par exemple, le pluriel interne suit ce procédé : « livre » au singulier se dit كِتَاب kitāb mais كُتُب kutub au pluriel (dit brisé). Parfois, la répartition des voyelles par rapport aux consonnes du radical change aussi : فَرَسُن farasun « cheval », أَفْرَاسُن afrāsun « chevaux » ; on passe d'une structure syllabique CVCVCVC à VCCVCVC. Le nombre total de phonèmes, cependant, n'a pas changé.Supplétisme
Il arrive dans les langues flexionnelles que telle ou telle forme attendue n'existe pas, auquel cas on lui substitue une autre forme tirée souvent d'un autre radical. On nomme ce procédé supplétisme. Distinguer une langue flexionnelle d'une langue agglutinante
Il faut distinguer, tâche parfois difficile, une langue flexionnelle d'une langue agglutinante. Dans les langues agglutinantes, les morphèmes s'ajoutent à un radical qui peut exister à la forme nue. Ces morphèmes s'adjoignent aussi les uns aux autres et n'apportent généralement qu'un seul trait grammatical chacun. Ce sont plutôt des affixes que des désinences : alors que ceux-ci sont invariants et toujours discernables du radical, les désinences ont tendance à être bien plus nombreuses et de formes variées pour un même indice grammatical ; il n'est parfois pas possible de distinguer les limites entre le radical et la désinence ; enfin, une même forme ne peut recevoir qu'une seule désinence à la fois. C'est pourquoi les langues flexionelles peuvent posséder des paradigmes nombreux — voire être riches en irrégularités — pour une même nature de mots tandis que les langues agglutinantes offrent plutôt un jeu universel d'affixes toujours identiques quel que soit le mot.
permettent de construire :
mais pas *ev-im-lerde, ev-de-ler, etc. Le radical nu, ev, reste autonome.Différents degrés de types flexionnels
Enfin, il faut noter que les langues flexionnelles le sont à différents degrés. Voir aussi