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« Je te salue, sainte âme, disciple chéri et que j'ai le droit plus que beaucoup d'autres de nommer de ce nom. Réjouis-toi, disciple vraiment chéri, puisque tu es le disciple particulièrement cher à Celui qui est parfaitement aimable, désirable et chérissable.
Quoi de surprenant si le Christ dit vrai et que les injustes chassent ses disciples de ville en ville ? En agissant de la sorte, n'est-ce pas eux-mêmes qu'ils punissent comme ils le méritent, puisque ces hommes impurs se séparent eux-mêmes et s'éloignent des saints ? Il est bien vrai de dire que le visible est l'image où se reflète l'invisible, car dans les siècles à venir, ce n'est pas Dieu qui se sépare justement des méchants, mais les méchants qui se séparent totalement de Dieu. De même nous voyons ici-bas les bons déjà unis à Dieu, parce qu'ils sont les amis de la vérité; parce qu'ils renoncent au désir des biens matériels ; parce qu'entièrement libérés du mal et mus par l'amoureux désir de tous les biens divins ils chérissent la paix et la sainteté. C'est ainsi que dès la vie présente ils anticipent la vie future, vivant parmi les hommes à la façon des anges, hors de toute passion, ne cessant de bénir Dieu, d'exercer la bonté et tous les autres biens.
En ce qui vous concerne, je ne suis donc pas assez fou pour imaginer que vous soyez accablé d'aucune souffrance mais je suis sûr que vous ne ressentez les souffrances de votre corps que dans la mesure où vous les percevez. Quant à ceux qui vous traitent avec injustice et qui supposent à tort qu'ils ont banni le soleil évangélique, j'ai raison de les blâmer, mais je prie surtout pour eux, afin qu'ils renoncent au mal qu'ils s'infligent à eux-mêmes; qu'ils se convertissent au bien ; qu'ils vous rappellent à eux afin de participer à vos lumières. Pour nous, rien ne saurait nous ravir le rayonnement pleinement lumineux de Jean. Pour l'instant nous vivons en nous remémorant la vérité de tes enseignements théologiques. Mais bientôt (je te l'affirme, dussé-je te paraître téméraire) nous serons réunis à vous.
On peut, en effet, me faire pleine confiance lorsque j'enseigne et que j'affirme ce que Dieu lui-même t'a révélé, c'est-à-dire que tu sortiras de ta prison de Patmos, que tu reviendras sur la terre d'Asie pour t'y exercer de nouveau à l'imitation de Dieu et pour léguer ton exemple à ceux qui viendront après toi. »