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Mais tu affirmes que le sophiste Apollophane m'injurie et qu’il me traite de parricide sous prétexte que j'utilise de façon impie contre les Grecs le bien même des Grecs. Il serait plus vrai de lui répondre que ce sont les Grecs qui retournent de façon impie des armes divines contre les réalités divines, lorsqu'ils essayent de détruire le respect qui est dû à Dieu au nom de cette sagesse même qui leur vient de Dieu. Je ne fais pas allusion ici aux croyances d’un peuple matérialiste et passionné qui ajoute foi aux récits des poètes et qui adore la créature au lieu du Créateur, mais je parle d'Apollophane en personne qui tourne de façon impie des armes divines contre réalités divines. Cette connaissance, en effet, du monde des existences, qu'il appelle du beau nom de philosophie, et que le divin Paul nommait la sagesse de Dieu (cf. 1 Cor 2,7), devrait servir aux vrais philosophes de tremplin pour s'élever jusqu'à Celui qui est l'auteur, non seulement de toute existence, mais encore de la connaissance même qu'on peut avoir de cette existence.
Mais je ne veux pas contrevenir, à mes principes en réfutant les opinions d'autrui, ou celles d'Apollophane. Ce qu'il devait savoir, étant sage, c'est qu'aucune anomalie ne saurait survenir dans l'ordre et dans le mouvement du ciel qui ne soit due à l'impulsion de cette même Cause qui l'a créé et qui le conserve, car c’est elle, dit l'Écriture sainte, qui a créé toutes choses, et qui modifie toutes choses (cf. Dan 2,21). Comment donc n'adore-t-il pas Celui que nous reconnaissons ainsi comme le Dieu universel ? Comment n'admire-t-il pas cette Puissance qui est cause de tout et qui dépasse toute expression ? N'est-ce pas grâce à elle que le soleil et la lune, par un très admirable pouvoir d'immobilisation, s'arrêtèrent entièrement, avec le ciel tout entier et que tous les astres s'immobilisèrent un jour entier sous les mêmes signes du zodiaque, à moins, que, prodige plus admirable encore, les sphères supérieures qui enveloppent les autres, n'aient continué d'accomplir leur entière révolution sans que les sphères inférieures les suivissent dans leur mouvement circulaire ?
Autre merveille : ce jour qui se prolongea de presque trois fois sa longueur normale (cf. 2 Roi 20,11), en sorte qu'en vingt heures ou bien le ciel entier fut entraîné dans sa course par une impulsion en sens contraire et retourna sur ses pas par la plus prodigieuse des rétroversions, ou bien c'est le soleil qui, dans sa propre course réduisit à dix heures son mouvement en cinq étapes, puis, revenant en arrière dans un nouvel intervalle de dix heures, refit cette route entière en sens inverse. Cette merveille assurément frappa à juste titre les Babyloniens et les soumit sans combat à Ezéchias, qu'ils considérèrent comme un égal de Dieu, comme un surhomme.
Et je ne dis rien des grandes merveilles d'Égypte ni des signes divins qui apparurent en d'autres circonstances, mais je rappelle seulement des prodiges célestes bien connus qui ont été célébrés dans le monde entier et par tous les peuples. Il est vrai qu'Apollophane refuse de les reconnaître comme véritables. Il s'agit de faits consignés dans les livres sacrés des Perses, et les mages aujourd'hui encore célèbrent le souvenir du triple Mithra. Admettons pourtant que, par ignorance ou par inexpérience, il refuse d'y croire. Pose-lui cette question : Que dis-tu de l'éclipse, survenue au moment de la mise en croix du Seigneur ? En ce temps nous étions tous deux à Héliopolis et nous nous trouvions ensemble quand nous vîmes cet étrange phénomène : la lune occultant le soleil sans que le temps fût venu de leur conjonction, puis, de la neuvième heure jusqu'au soir, cette même lune se replaçant merveilleusement en opposition avec le soleil. Rappelle-lui cette autre circonstance encore. Il sait bien que nous vîmes en outre la lune commencer l'occultation du soleil par l'est, s'avancer jusqu'à l'extrémité du soleil, puis revenir sur ses pas, en sorte que l'occultation et le retour de la lumière ne se produisirent pas du même côté, mais aux deux extrémités opposées du disque solaire. Telles sont les merveilles qui se produisirent en cette circonstance et que seul le Christ est capable de produire, lui qui est la Cause universelle et qui accomplit de grands et d'innombrables prodiges.
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Si tu le peux sans sacrilège, dis-lui tout cela. Et quant à toi, Apollophane, si c'est possible, convaincs-moi d'imposture, moi qui me trouvais alors en ta compagnie, qui avec toi-même ai tout vu, tout examiné, tout admiré. N'oublions pas d'ailleurs qu’Apollophane se mit alors, je ne sais sous quelle inspiration, à vaticiner, me disant, comme s'il interprétait mystérieusement ce prodige : Voici, mon cher Denys, qui présage des révolutions divines.
Mais ma lettre est assez longue ainsi. Tu es parfaitement capable de compléter mon raisonnement s'il y manque quelque chose, et de ramener enfin à Dieu cet homme qui est sage en beaucoup de points et qui peut-être ne considérera pas comme indigne de lui d'apprendre avec humilité la vérité de notre religion qui surpasse toute sagesse.