Libéralisme

Table of contents
1 Définition
2 Les concepts de base
3 La tradition et ses évolutions
4 Vocabulaire autour du libéralisme
5 Annexes

Définition

Le libéralisme est une philosophie du droit, visant à circonscrire les limites du pouvoir politique, et à reconnaître (i.e. déclarer et non créer) les droits individuels inaliénables.

Le libéralisme est anti-politique, en ce qu'il s'oppose au pouvoir politique lui-même ; il ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir, ni quelles fins ce pouvoir doit servir ; il cherche à déterminer quelles sont les limites du pouvoir, les moyens qu'il peut ou ne peut pas utiliser. Il est en cela aux antipodes du totalitarisme, qui attribue des moyens illimités, un pouvoir total, aux détenteurs du pouvoir politique (ou à des aspirants-détenteurs). Le libéralisme s'oppose donc à l'étatisme, tendance à élargir sans cesse les attributions de l'État.

Le libéralisme n'étant pas une doctrine politique, un libéral peut admettre que certains individus professent, par exemple, des idées socialistes, communistes, théocratiques, voire xénophobes, et constituent des communautés qui mettent en pratique ces idées ; en revanche il leur dénie le droit, en aucune manière que ce soit (fût-ce au nom de la démocratie), d'imposer par la contrainte ces idées à ceux qui ne les partagent pas et de porter ainsi atteinte à leur liberté individuelle.

Le point de vue libéral est individualiste, rationaliste, dynamique, cybernétique. Le libéralisme s'oppose donc aux collectivismes aussi bien méthodologiquement qu'idéologiquement.

Les concepts de base

Les valeurs libérales sont la liberté individuelle, la créativité individuelle, la responsabilité individuelle, l'indépendance personnelle, le respect des droits individuels, etc. On définit souvent le libéralisme par ses trois "piliers", qu'on retrouve dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen : La liberté individuelle est définie de manière négative comme l'absence de contrainte exercée par les autres individus (ou de façon positive comme le droit d'agir sans contrainte dans la limite des droits légitimes des autres)

La propriété est le droit pour l'individu de jouir du fruit de son activité, des richesses qu'il crée, et d'en disposer à sa guise, y compris en excluant autrui de leur usage. La propriété commence d'abord par le droit à la vie et la propriété de son corps. Les droits de sureté et de résistance à l'oppression sont des conséquences du principe de propriété.

La responsabilité, inséparable de la liberté et de la propriété, rend l'individu responsable à l'égard des autres des conséquences de ses actions, bonnes ou mauvaises (quand elles lèsent autrui dans ses droits). C'est une composante de la sureté d'autrui.

Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d'une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n'en est qu'une conséquence directe, depuis le "laissez faire, laissez passer", mot d'ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu'à l'école autrichienne d'économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n'adhére pas forcément simultanément aux trois (Cf infra, diagramme de Nolan).

La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l'homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la "tyrannie de la majorité" ne vienne limiter les droits individuels.

Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu'en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l'individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s'est produit par exemple avec l'accession d'Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d' imprescriptibles dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tous droits politiques ainsi qu'à la démocratie.

La tradition et ses évolutions

La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu'au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l'école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d'autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d'auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les girondins représentent le courant libéral, victime de la terreur étatique des jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l'opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l'essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l'école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich A. Hayek, l'objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise l'anarcho-capitalisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc.

Il n'y a pas une école unique du libéralisme, d'autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill.

Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu'il engendre les organisations sociales les plus efficaces d'un point de vue économique.

Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, concluent que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu'il existe des fonctions légitimes de l'État, qu'ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s'étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d'inverser cette expansion de l'État.

Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne à l'origine une tradition politique principalement anglo-saxonne, militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l'économie de marché, mais souvent aussi interventionniste voire étatiste, et qui s'oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens "libéral" équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier.

En France, les organisations libérales contemporaines sont l'ALEPS et l'ADEL. Il y a aussi des instituts comme l'iFRAP ou Contribuables Associés. Au Québec, on trouvera l'IEDM ou le Québécois Libre.

Vocabulaire autour du libéralisme

Annexes

Articles connexes

Textes classiques

Liens