Le mouvement des enclosures peut être vu comme un mouvement de désintégration sociale (voir la citation de Thomas More ci dessous). Il s'est accompagné de progrès importants des pratiques culturales, et est considéré par certains comme marquant la naissance du capitalisme.
Analogie enclosure des terres et privatisation des ressources génétiques
Certains estiment que le mouvement des enclosures continue aujourd'hui avec l'appropriation des formes de vie. Les entreprises privées s'approprieraient le code génétique de la vie et lui appliquerait la même logique de marché que celle appliquée à l'époque des moutons de More. Cependant certains s'interrogent sur la pertinence de ce raisonnement et sur les arguments avancés, ainsi que sur leur contenu implicite autant qu'explicite.
En effet, le mouvement des enclosures relève-t-il d'une privatisation de même nature que le mouvement actuel d'appropriation des ressources génétiques ? Avant les enclosures, les paysans bénéficiaient-ils réellement des biens communs ? Les terres ayant été appropriées, n'y avait-il plus possibilité de bénéficier des avantages de la coopération ?
Ces questions relèvent des notions de propriété, d'usage, de collectif et de privé. Or ces notions ont évolués au cours des siècles, et n'ont plus la même signification qu'à l'époque du mouvement des enclosures. En effet, à cette époque, la société reposait sur la notion de propriété partagée (les personnes ne possédaient pas la terre, elles avaient des droits dessus) et des espaces destinés à un usage collectif. La société moderne occidentale repose sur la notion d'usage et de propriété privées, non partagées (maisons individuelles à usage individuel ; même les copropriétaires d'un immeuble bénéficient de l'usage privé de leur part).
Les éléments objectifs de comparaison entre l'appropriation des ressources du vivant (le gène) et l'appropriation de la terre (l'enclosure) reposent sur :
- la notion d'appropriation : dans le cas de l'enclosure, des terres préalablement destinées à l'usage collectif deviennent des terres privées ; dans le cas des ressources du vivant, des gènes « naturels » deviennent la propriété de quelques entreprises qui en réservent l'usage et tirent profit de leur commercialisation.
- la notion d'usage : dans le cas de l'enclosure, des terres à usage collectif deviennent à usage privé ; dans le cas des gènes, on passe d'une utilisation collective (on suppose qu'un gène se retrouve au niveau de multiples espèces) à un usage individuel (une plante commercialisée contenant ce gène d'intérêt). Cependant, la notion d'usage libre et collectif des gènes est assez symbolique, puisqu'auparavant les gènes n'étaient pas identifiés et isolés (fort peu le sont encore), et que le niveau technologique ne permettaient pas les manipulations génétiques comme aujourd'hui.
- Les notions de déni d'accès : la symbolique de fermeture des champs par des haies, à mettre en relation avec l'interdiction d'utilisation d'un gène protégé par un brevet. Cependant, le même niveau de comparaison ne peut établi dans les deux cas : l'enclosure concernait une surface réduite au niveau mondial (l'enclosure était un phénomène essentiellement britannique), alors que le brevetage d'un gène est à inscrire à l'échelle mondiale.
- L'aspect financier : passage d'un accès a priori gratuit à un accès payant, i.e. pour les gènes, passage d'une libre-utilisation (et d'une libre-réutilisation) de variétés sélectionnées par les communautés au cours des générations à l'achat de semences génétiquement modifiées couvertes par des brevets.
- L'aspect matériel ou immatériel : un champs est un élément concret, qui naturellement ne profite qu'à un seul (à la fois) et que l'enclosure suffit à matérialiser et défendre. A l'inverse, un gène est une information, que la délimitation et la publication mettent à la disposition de tous, et qui nécessite un lourd appareil légal pour être privatisé