Pierre Herbart

Romancier et essayiste, Pierre Herbart naît le 23 mai 1903 à Dunkerque dans une famille encore aisée pour quelques années (le père décidant assez vite de "se faire clochard", plongeant ainsi la famille dans l'inconfort matériel). À dix-huit ans, muni de recommandations fournies par son grand-père, Herbart décroche un emploi à Paris. Il y restera deux ans avant d’être incorporé dans les troupes de Lyautey au Maroc en 1923, ce qui sera pour lui l’occasion de voyager en Afrique du Nord, au Sénégal puis au Mali et au Niger.

L’année suivante, Jean Cocteau, auquel il voue une grande admiration, lui est enfin présenté. Il en sera très proche jusqu’à sa rencontre avec André Gide, par hasard, en 1929. En 1931, Herbart épouse Élisabeth van Risselberghe. André Gide s’occupe de la publication de son premier roman, le Rôdeur, chez Gallimard, tandis que le couple part s’installer à Cabris. Andrée Viollis, reporter au Petit Parisien, lui propose de l’accompagner en Indochine, sur les traces du Ministre des Colonies d’alors, Paul Reynaud. Le constat est accablant.

Beaucoup s’y sont cassés les dents et, malgré les mises en garde de André Gide, il commence en 1932, sur le trajet qui le ramène en France, l’écriture d’un roman mettant explicitement en scène les enjeux communistes, Contre-ordre. Ses prises de position contre le colonialisme lui attirent la sympathie des communistes français qui lui confient, en 1933, un reportage sur l’Espagne. À son retour, il termine l’écriture de Contre-ordre et signe un contrat avec Gallimard. Devenu par ailleurs membre du parti, il part en URSS en décembre 1935 pour prendre la direction de Littérature Internationale. Il doit y affronter les affres d’une censure absurde et inique.

Rentré à Paris en mai 1936, il retourne en URSS, accompagnant André Gide, Eugène Dabit, Guilloux, Jef Last et Schiffrin. Après Moscou s’ensuit un petit périple à travers le pays avant de rentrer en France en septembre, au moment où éclate la guerre d’Espagne. Herbart part à Barcelone avec les épreuves du pamphlet de André GideRetour de l’URSS - pour rencontrer André Malraux. Louis Aragon ayant, semble-t-il, prévenu les autorités soviétiques de la sortie imminente du livre, Herbart est arrêté, menacé de mort et ne doit sa libération qu’à l’intervention d' André Malraux. L’année suivante, il accompagne André Gide – récemment nommé membre d’une commission coloniale – en Afrique. Il publie en 1939 un témoignage sur “ la malveillance d’un homme et d’un système ”, Le Chancre du Niger, dont André Gide rédige la préface.

Lorsque la guerre éclate, Herbart, bien que réformé, offre son aide à l’armée. La guerre perdue, il s’engage dans la résistance. Ainsi, il participe en 1943, sous le nom de Le Vigan, à la mise en place d’un réseau qui aide les jeunes hommes à fuir le STO, collabore à différentes revues résistantes et participe à la création de Défense de la France, qui deviendra France-Soir. Enfin, on le charge, en 1944, d’organiser la libération de Rennes, en arrêtant le préfet pour y installer son successeur . À la libération, Albert Camus l’invite à participer à Combat. Il parachève parallèlement l’écriture d’ Alcyon (1945), aide Camus à écrire un premier scénario de la Peste, repart pour quelques mois en Afrique et engage la création d’un hebdomadaire, Terre des Hommes (avec André Gide, Calet, Aron, Prévert, Nadeau, Mahias…) qui s’arrêtera au bout de 23 numéros. Il collabore également à l’écriture de différents scénarii (''Isabelle' d' André Gide, Thibault de Roger Martin du Gard). En 1949, le frère d’Herbart meurt, suivi en 1951 par André Gide. Il perd ainsi, en deux ans, deux amis mais aussi – et ce n’est pas négligeable – deux soutiens financiers. Pour Gallimard, il écrit un petit portrait d’André Gide, À la recherche d’André Gide, publié en 1952, et qui lui vaudra de s’attirer les foudres des admirateurs et de certains proches d' André Gide. En 1952, il s’installe chez Roger Martin du Gard et écrit l’Âge d’or, livre dans lequel il évoque ses amours homosexuelles. L’année suivante, sa mère meurt d’un cancer. Il fait plusieurs voyages avec son épouse et écrit un livre sur son parcours politique, la Ligne de force, qui sort en 1958. La même année meurt Roger Martin du Gard. Encore soutenu financièrement par Christiane Martin du Gard, il doit néanmoins quitter l’ancien appartement d' André Gide, rue Vanneau, lorsqu’il se sépare de sa femme. Achevant de tirer un scénario d’ Alcyon, il entreprend ensuite la rédaction d’un nouveau roman, la Licorne, qui paraît en 1964. Il collabore épisodiquement à différentes revues littéraires et publie, en 1968, Souvenirs imaginaires puis un recueil de nouvelles, Histoires confidentielles, en 1970.

Affaibli, dans une situation financière très précaire, il est victime d’une attaque d’hémiplégie et meurt à Grasse en 1974. D’abord jeté à la fosse commune, il est finalement enterré à Cabris.

Bibliographie :