Point suscrit

Le point suscrit est un diacritique de l'alphabet latin. Le signe est utilisé de manière non diacritique sur i et j. En turc, cependant, le point sur le i se comporte bien comme un diacritique. Il s'utilise aussi en arabe ; les utilisations du point suscrit dans cette écriture sont traitées dans l'article Diacritiques de l'alphabet arabe.

Pour les langues à écriture latine, il apparaît principalement en :

Table of contents
1 Vieil irlandais
2 Maltais
3 Turc (et azéri, tatar)
4 Lithuanien
5 Polonais
6 Romanisations récentes, transcriptions / translittérations
7 Articles connexes

Vieil irlandais

Ḃḃ [β,v], Ċċ [χ/ç], Ḋḋ [ð], Ḟḟ [-], Ġġ [ɣ], Ṗṗ [ɸ,f], Ṫṫ, [θ] Ṡṡ [s/ʃ].

Les langues celtes partagent un phénomène phonétique nommé lénition consonantique, qui n'est pas noté avec précision dans les manuscrits irlandais. Ce phénomène est une spirantisation des consonnes initiales après certains mots, par sandhi. Les consonnes pouvant être lénifiées sont les occlusives, c [k], g, t, d, p et b, ainsi que les fricatives f et s. Le vieil irlandais ne note pas toutes les lénitions : c'est tardivement qu'elle a été systématiquement indiquée, au moyen du point suscrit, ou punctum delens — qui précisait initialement qu'une lettre qui en était frappée était un lapsus calami et ne devait pas être lue. C'est donc au départ non pas un diacritique mais un signe de correction. Ensuite, le point a été systématisé et étendu aux lettres encore écrites mais muettes à cause de la lénition, d'abord f puis s ([f] lénifié seul est toujours muet : le recours au punctum delens est dans ce cas motivé ; [s] lénifié peut valoir [h] ou être muet). Encore plus tard et jusqu'à aujourd'hui, la lénition des occlusives sourdes a été notée par un h subséquent. On trouve grosso modo dans les manuscrits antérieurs au XIIe siècle le punctum delens sur s et f et le -h après c, t et, parfois, p. Après le XIIe siècle et jusqu'au XVIe, selon les manuscrits, c'est soit le punctum delens soit le -h qui sont utilisés systématiquement pour chaque consonne pouvant être lénifiée (dans certains textes, le scribe emploie alternativement l'un ou l'autre). Entre le XVIe et le XXe, le punctum delens est étendu, remplaçant le -h dans tous les emplois. C'est au XXe siècle, cependant, que le punctum delens a été éliminé au profit du -h, pour des raisons de compatibilité avec les claviers de machines à écrire, puis d'ordinateurs. Exemples : an ḃán ṁór (= an bhán mhór), « la grande femme ».

Maltais

Ċċ [ʧ], Ġġ [ʤ], Żż [z].

L'orthographe, datant de
1934, est inspirée de l'italien ; c'est pour cette raison que deux lettres, Ġġ et Żż, ont été diacritées, de manière originale, par un point : Ġġ pour être distingué de Gg [g] et Żż pour l'être de Zz [ʦ,ʣ]. Le point de Ċċ n'a aucune justification puisqu'il n'existe pas de Cc ; de plus, Cc vaut déjà [ʧ] (entre autres) en italien.

Turc (et azéri, tatar)

İi [i] (Iı [ɯ]).

Le cas est surprenant ici. Alors que le point sur le i n'est normalement pas un diacritique (écrire İ ou I ne change pas la lecture de İLLİSİBLE / ILLISIBLE, par exemple, et, bien qu'initialement le i n'eût pas de point (qu'il a pris pour améliorer la lisibilité, particulièrement dans la graphie
gothique où la petite barre verticale droite est un motif récurrent), il n'existe plus dans les alphabets autres que le turc de ı sans point. Le point n'est donc normalement pas un élément graphique pertinent, puisqu'il ne permet pas d'oppositions. En turc, pourtant, il existe le i avec point et le ı [ɯ] sans point. Pour cette raison, les capitaless doivent aussi être distinguées : les lettres fonctionnent en paires İi / Iı. Le procédé a été étendu à d'autres langues turques, comme l'azéri et le tatar.

Lithuanien

Ėė [eː].

Polonais

Żż [ʒ].
Jan Hus, au début du XVe siècle, alors en exil, avait dans son Orthographia bohemica proposé une nouvelle orthographe pour sa langue, le tchèque, en instaurant un système de consonnes diacritées d'un point suscrit servant à noter les consonnes résultant d'une palatalisation et remplaçant les graphies à digrammes (il a aussi introduit l'accent aigu comme marque de quantité vocalique longue). C'est ce système qui a donné naissance aux nombreuses consonnes diacritées des langues slaves à écriture latine, le point évoluant dans la majorité des cas en háček ; en polonais, cependant, le point est resté tel quel sur la seule lettre z, le résultat ż valant [ʒ]. C'est un équivalent direct, mais archaïque, du ž, utilisé dans les autres langues slaves à écriture latine.

Romanisations récentes, transcriptions / translittérations

Sanskrit et langues indiennes

Ṁṁ [+nasalisation], Ṅṅ [ŋ], Ṙṙ [ɽ] (transcription).
Le caractère ṁ s'emploie, dans la transcription des langues de l'Inde, en concurrence avec ṃ pour l'anusvāra (ं, signe de nasalisation dont la réalisation varie grandement d'une langue à l'autre ; il peut aussi noter une nasale simple) ; le phonème [ɽ] (
devanâgarî : ड), quant à lui, n'est que rarement transcrit ṙ. C'est le plus souvent le point souscrit que l'on utilise : ṛ.

L'emploi de ṅ pour [ŋ] (ङ), cependant, remonte aux plus anciennes normes de transcription du sanskrit.

Arabe

Ġġ [ɣ] (transcription).
Cette notation représente dans plusieurs normes la lettre غ ġayn.

Kazakh, tadjik

Ėė [e] (transcription).

Kurde

Ġġ [ɣ].
Cette translittération de la lettre غ suit les conventions adoptées pour l'
arabe.

Livonien

Ȯȯ [ɤ].

Tchétchène

Ç̇ç̇ [ʧʼ], Ġġ [ʁ], Q‌̇q̇ [qʼ], Ẋẋ [ħ].

Venda, igbo (langues d'Afrique)

Ṅṅ [ŋ].
Ce caractère est maintenant utilisé dans l'orthographe romanisée de plusieurs langues d'Afrique. Dans le clavier pan-nigérian — et dans la majorité des langues d'Afrique utilisant le phonème [ŋ] —, celui-ci est simplement rendu par ŋ.

Arménien

Ṙṙ [r] (transcription classique).
On peut employer r̄ au lieu de ṙ (notation de
Meillet) dans les ouvrages de linguistique pour translittérer la lettre ռ [r], qui s'oppose à r ր [ɾ] (ou [ɹ]). La graphie avec point souscrit, ṛ, est utilisée dans la translittération proposée par la Library of Congress.

Ulithien

Ȧȧ, Ėė, Ȯȯ.

Articles connexes