|
|
Prévenir la pédophilie, c'est d'abord la connaître, la comprendre et la diagnostiquer avec précision. La préférence sexuelle est gérée par le psychisme et c'est sur cette gestion qu'il convient de se pencher pour en connaître les disfonctionnements possibles et leur prophylaxie. A défaut d'une telle méthode, la prévention de la pédocriminalité resterait artisanale, aléatoire, folklorique ou pseudo-scientifique. En tous les cas, manifeste est l'incompétence de la grande majorité des psychiatres dans ce domaine. Si l'écoute, l'empathie, la sympathie, la confiance, la bonne volonté, la reconnaissance de la dignité de l'être, etc. peuvent apporter un mieux être et une apparente stabilité, tout effort prétendant se dispenser d'un travail précis sur les causes et les effets, risque bien d'être aléatoire, voire illusoire quand il ne serait pas carrément dangereux, comme si la présence de l'infirmière bien intentionnée pouvait faire l'économie du médecin responsable.
La psychiatrie actuelle affirme que la pédophilie n'est pas une maladie, ce qui ne signifie nullement que les pédophiles soient exempts des maladies psychiques que subissent aussi les hétérosexuels ou les homosexuels. Or, ces pathologies peuvent travestir le rapport entre le sujet et sa tendance et le priver de l'usage de sa conscience ou de sa volonté qu'il faut alors traiter en vue de lui rendre la capacité de s'autodéterminer de façon stable, sereine et volontaire. Certaines pathologies de la conscience ou de la volonté sont issues d'un état psychotique. Elles relèvent de soins psychiatriques parce qu'elles n'offrent de prise ni sur le plan affectif, ni sur le plan intellectuel, tout comme l'arriération mentale, l'éthylisme et autres formes d'aliénation graves qui sortent de ce fait du cadre de cette analyse.
Les actes sont la résultante d'une délibération intérieure qui évalue d'une part la tension engendrée par les pulsions (incontrôlables et inconscientes) qui se transforment en désirs (plus ou moins conscients ou valorisés), et d'autre part les facteurs qui freinent la réalisation concrète ou fantasmatique de ces désirs. Il en résulte que tout désir est finalement jugé valable ou non valable, digne d'être valorisé ou non.
Si les pulsions échappent totalement à notre conscience, elles sont par définition incontrôlables, il n'en est pas de même des désirs qui sont une expression possible, plus ou moins consciente de ces pulsions auxquelles les désirs et les fantasmes donnent une forme qui échappe au déterminisme grâce à l'incorporation de l'imagination, du rêve et de l'intelligence qui apportent un champ de liberté et de pouvoir, source de la richesse liée à l'expérience humaine. Si nous gardons à l'esprit que l'intelligence, l'imagination et le rêve sont des fonctions psychiques en principe soumis à la conscience, il est néanmoins des maladies mentales qui obscurcissent l'usage de ces fonctions. Soigner la maladie mentale aura certes des conséquences bénéfiques sur la subordination de ces fonctions et donc sur la nature des désirs, des fantasmes et de l'imaginaire, ce que les psychiatres semblent oublier quand ils affirment que la pédophilie n'est pas une maladie.
Les facteurs qui freinent la réalisation d'un désir interviennent dans la délibération qui fait correspondre à ce désir une promesse de satisfaction globale qui doit être jugée valable sous peine d'être purement et simplement abandonnée parce que perçue comme « insensée ». Par exemple, nous portons tous une pulsion qui nous pousse à rechercher la sécurité, le confort et le bien-être matériel. Cette pulsion peut se transformer en désir de réussir ses études, celui de braquer une banque ou de protéger les enfants. Le rôle de la délibération intérieure est de valoriser les désirs censés et d'éliminer les autres. Ici interviennent la peur (peur de la sanction, peur du risque, la pénibilité de l'effort demandé, etc.), l'appel de la « sur-conscience », instance ayant l'instinct pour équivalent inférieur chez l'animal, et qui produit spontanément le sentiment de culpabilité qui est à la conscience ce que la douleur est au corps, c'est à dire plus ou moins consciente, anesthésiée ou prise en compte.
La perception de la peur est un levier d'action relativement rudimentaire et dépendant d'autres facteurs comme la culpabilité ou la souplesse du psychisme qui la perçoit. .
La culpabilité est un sentiment pénible dont la tension psychique doit être soit réduite soit par la mise à l'index des désirs dont elle est issue, soit par le soulagement intérieur au moyen du fantasme, soit par le refoulement ou l'oubli. La culpabilité peut être endogène, véritable, sincère ou au contraire, apprise, conventionnelle ou sociale. La vraie culpabilité rend compte d'une véritable motivation. Ainsi, est-il naturel qu'elle soit reconnue comme valable lors de la délibération intérieure et qu'elle intervienne efficacement dans ce processus. Il n'en va pas de même pour la culpabilité apprise (issue par ex. du moralisme) qui, du fait de son caractère exogène, trompe la conscience sans pour autant révéler la réalité de l'être. Placé dans une situation d'ambivalence, l'être est alors ballotté entre sa réalité intérieure qui se révolte et l'illusoire conscience qui le contraint artificiellement. La souffrance et le sentiment d'impuissance peuvent devenir intolérables au point que la seule issue soit l'oubli de cette culpabilité, soit le refoulement névrotique, c'est à dire l'application de l'anesthésiant le plus efficace. Les conditions de ce refoulement seront déterminantes. Orienté en vue de sa satisfaction concrète, le désir sera dit « banalisé » (le sadique fait souffrir, l'avide devient voleur, l'abusé vindicatif devient violeur ou maltraitant, etc.). Orienté en vue de sa satisfaction sublimée, le désir sera dit « idéalisé » (le sadique devient chirurgien, le pédophile pédiatre ou moraliste à l'excès, l'abusé devient policier ou juge vraisemblablement exalté, etc.). La culpabilité ayant été refoulée, oubliée, elle échappe totalement à toute conscience et se garde bien de se révéler à la conscience en verrouillant toutes les portes d'accès de sorte que la maladie mentale s'installe dans une logique circulaire et déterministe. Trompé sur ses réels motifs de satisfaction (violeur inconscient de sa culpabilité ou juge se croyant objectif), il résulte des comportements illogiques qu'il conviendra de justifier autrement pour garder une apparence de logique. L'auto-justification, l'accusation des autres et la sur-valorisation ou sous-évaluation vaniteuse viendront alors transformer la personnalité en véritable arsenal de guerre, de sorte à ce que tout sentiment de culpabilité soit automatiquement masqué par les excuses, la projection illusoire de la coulpe sur autrui et la tendance vaniteuse qui renforcera l'illusion sur soi-même face aux attaques de la conscience qui, même après avoir cédé ses ressources au dictat de la névrose, épuisera ses forces à lutter pour rétablir un ordre vain, illusoire, tout en continuant de percevoir la souffrance qui en résultera, ce qui peut préfigurer l'ultime évolution possible de la maladie. L'émotionnel s'exalte, devenant toujours plus colérique, vengeur, superficiel, dissimulateur, insaisissable, imperméable, renfermé ou extraverti, instable, violent, manipulateur et susceptible, comme autant de lignes de défenses à cet équilibre trop fragile et inconfortable, chargées de travestir la réalité intérieure à soi-même et aux autres. Pour échapper à une souffrance trop forte, il restera la désorganisation totale de la conscience, sa déflagration et le morcellement qui en résultera. L'incohérence caractérisera alors un état psychotique dans lequel la souffrance et la maladie seront à peine perceptibles par l'individu lui-même, coupé de ses véritables émotions profondes et de toute logique au moyen du délabrement de sa conscience. Livré à lui-même et à toutes sortes de courants intérieurs, il sera privé de toute capacité de valorisation intérieure, imperméable également à toute tentative de rétablir un rapport avec la souffrance originelle. « Si mon doigt me fait trop mal, je le coupe ». Telle est la dramatique extrémité à laquelle la souffrance, l'intelligence et l'hyper sensibilité peuvent conduire les êtres trop exposés à la douleur psychique.
|
|
Culpabilité issue du passé (ex : anciennes victimes) et/ou du présent |
||||
|
Critère La culpabilité psychique |
Culpabilité vraie Censure efficace, consciente et en harmonie avec les besoins fondamentaux et réels de l'être |
Culpabilité consciente Conventionnelle Frein psychique partiellement efficace. Comportements partiellement compulsifs |
2 types de culpabilité inconsciente Plus de modérateur Aucun frein psychique conscient Exaltation compulsive pro ou anti- pédophilie, aucun sens de la responsabilité personnelle Négationisme total de la raison sous-jacente |
Culpabilité absente Pas de frein psychique |
|
|
Les 5 types de Pédophilie |
Fantasmatique |
Ambivalente |
Banalisée Inceste |
Idéalisée |
Choix conscient |
|
Fantasme en vue de réalisation |
Non |
Fantasmes envahissants Alternance de nature |
Pas de fantasme, recherche obsédante |
Censuré, dénaturé et/ou sublimé |
Assumé |
|
Fantasme sans objectif de réalisation |
Assumé |
Non |
Censuré, dénaturé et/ou sublimé |
Assumé |
|
|
Risque de Passage à l'acte |
Faible |
Moyen |
Maximum |
Moyen |
Maximum |
|
Conscience du risque pour l'enfant |
Oui |
Feinte Inconscience relative de la situation de l'enfant Séduction |
Refoulée Maltraitance Manipulation Chantage Egocentrisme Viol
|
Exaltée et fausse « Victimisation » de l'enfant et aggravation des dommages Irrespect de son intégrité perso. |
Risque méconnu par ignorance ou jugé nul à l'issue d'une délibération consciente organisée |
|
Motifs inhibiteurs et fiabilité du barrage |
Protection des intérêts de l'enfant naturelle +++ |
Peur, moralisme ++ |
Peur + |
Censure totale de la fonction fantasmatique + |
Calcul conscient +++ |
|
Critère psychologique |
Santé mentale |
Maladie |
Maladie |
Maladie |
Arriération mentale, ignorance, inconscience ou sophismes d'une pensée trop bien structurée |
|
Prophylaxie |
Inutile |
Psychothérapie, dialogue, travail de groupe et psychologie de la relation adulte/enfant |
Psychanalyse, travail de groupe |
Psychanalyse |
Formation, dialogue, psychologie de la relation adulte/enfant |
|
Tendance accusatrice |
Pas d'exaltation dans le combat. Amour de la justice |
Education, antécédents d'abus, accusation perverse de la victime |
Société, racisme, sexisme, intolérance, etc. |
Pédophilophobie exaltée, intolérance, projection de la coulpe sur autrui |
Pas d'exaltation de la tendance |
|
Tendance auto-justificatrice |
Non |
Oui Rationalisation des excuses |
Oui Rationalisation par le déni |
Oui Rationalisation du combat |
Non |
|
Tendance vaniteuse |
Non Réel amour des enfants |
Auto-victimisation ou fausse valorisation d'un amour factice pour les enfants |
Justification vaniteuse, fierté dans le déni |
Auto-glorification Intérêt très superficiel pour les enfants La motivation est névrotique, personalité secrète, dissimulation, manque de sincérité |
Exaltation simpliste ou sur-complexe des vertus de la sexualité enfantine et sur-valorisation de la logique du discours |
La psychothérapie et la psychanalyse ne sont pas une panacée. Elles présupposent l'investissement conscient et volontaire de l'analysant. En matière judiciaire, le mélange des genres qu'impliquent l'injonction administrative de soins ou l'obligation légale de dénoncer les abus connus des analystes, peut compromettre l'établissement d'un rapport de confiance fondé sur les principes d'auto-détermination et d'indépendance du patient, de neutralité et de confidentialité dans la relation jusqu'alors inaliénables, au point même que toute éventualité de traitement devient improbable, illusoire ou vouée à l'échec.
Comment ne pas s'interroger sur l'opportunité d'une telle approche confusionnelle qui conduit à imposer au thérapeute un rôle de justicier et au justicier un pouvoir d'injonction dans la thérapie? Priver un justiciable des conditions préalables aux soins susceptibles d'épargner à la société de nouvelles victimes semble discutable sur un plan global parce que cela compromet les possibilités de traitement, condamne la prophylaxie analytique à l'impuissance et les criminels potentiels à la souffrance, aux crimes et à leur dissimulation. Revenue à la case départ, la justice, après s'être amputée du champs d'action de la psychologie, n'a plus qu'une seule arme: la peur. Le renforcement des peines devient inéluctable en raison de sa relative impuissance en matière de prévention. Il renforce alors la peur des pédophiles, une fausse motivation qu'il convenait, sur un plan psychologique, non d'exacerber, mais au contraire, de remplacer par la prise de conscience de vraies motivations devenues encore plus inaccessibles.