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| Table of contents |
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2 Un faux 3 Histoire |
Introduction
Les Protocoles des Sages de Sion, parfois surtitrés Programme juif de conquête du monde, est connu sous deux versions proches, éditées en Russie, d’abord partiellement, en 1903, dans le journal Znamia, puis, dans une version complète, en 1905 et en 1906. Ils deviennent célèbres pour le grand public grâce au Times de Londres du 8 mai 1920, dont un éditorial intitulé Le Péril juif, un pamphlet dérangeant. Demande d’enquête évoque ce singulier petit livre, auquel il semble accorder du crédit. Le Times se rattrape un an plus tard, en août 1921, en titrant La fin des Protocoles et en publiant la preuve de la falsification.
Un faux
Une vérification rapide a prouvé la falsification: les Protocoles reprenaient effectivement le texte du Dialogue aux Enfers entre Machiavel et Montesquieu, publié à Bruxelles en 1864 par Maurice Joly, un avocat antibonapartiste qui voulait montrer que l’empereur et ses proches complotaient pour s’emparer de tous les pouvoirs de la société française. La supercherie, grossière, éclatait par simple comparaison ligne à ligne des deux textes. Le faux était dévoilé, mais le mystère de son origine demeurait.
La vérité sur son auteur n'a était découvert qu'à la fin du XXe siècle par l'historien de la litérature russe Mikhail Lépekhine. C’est dans les archives du Français Henri Bint, agent des services russes à Paris pendant trente-sept ans, que Mikhail Lépekhine a découvert que Mathieu Golovinski était le mystérieux auteur du faux.
Histoire
Né le 6 mars 1865 à Ivachevka, dans la région de Simbirsk, Mathieu Golovinski est issu d’une famille aristocratique russe. Etudiant en droit désinvolte, mais habile et sans grands scrupules, il semble très tôt doué pour l’intrigue. Le jeune arriviste parvient à entrer en contact avec le comte Vorontsov-Dahkov, proche du tsar et ministre à la cour : convaincu de la menace d’une conspiration juive.
Nommé fonctionnaire à Saint-Pétersbourg, Mathieu Golovinski travaille dans les années 1890 pour le Département de la presse, officine chargée d’influencer les journaux en remettant à leurs directeurs des articles prêts à publier, voire en les obligeant à salarier certains de ses agents, qui, mi-mouchards, mi-journalistes, censurent de l’intérieur la presse et surveillent sa ligne éditoriale. Le chef de ce Département de la presse, Michel Soloviev, antisémite fanatique, fait de Golovinski son protégé.
Exilé par la suite à Paris, ville qu’il fréquente depuis longtemps, il trouve le même type de d'eùmploi auprès de Pierre Ratchkovski, qui dirige les services de la police politique russe en France. La propagande à destination des élites politiques françaises est l’une des activités principales de Ratchkovski. Nicolas II, se montre préoccupé par les critiques occidentales relatives à la politique russe de discrimination à l’égard des juifs. Ratchkovski a donc l’idée d’une manœuvre destinée à convaincre le tsar du bien-fondé des préventions antisémites. Il s’agit donc de produire une preuve décisive de ce que la modernisation industrielle et financière de la Russie est l’expression d’un plan juif de domination du monde.
D’où la commande de Ratchkovski à Golovinski d’un faux — un parmi tant d’autres, pour ce polygraphe doué — destiné à l’origine à un seul lecteur: le tsar.