Biographie
Pyrrhon d'Élis (-360 - -270) est originaire d'Élis, ville provinciale du nord-ouest du Péloponnèse, connue dans le monde entier comme le site des Jeux Olympiques.
Philosophe , il eut une formation de peintre. Il fut l'élève de Stilpon et du fils de Stilpon, Bryson. Pour parachever son éducation, il partit avec Anaxarque en Inde, où il étudia avec les sophistes nus, et en Perse, où il fut instruit par les Mages. À son retour à Élis, il était devenu agnostique et s'abstenait de donner son opinion sur tout sujet. Il niait qu'une chose fût bonne ou mauvaise, vraie ou fausse en soi. Il doutait de l'existence de toute chose, disait que nos actions étaient dictées par les habitudes et les conventions et n'admettait pas qu'une chose soit, en elle-même, plutôt ceci que cela. Il est à ce titre considéré comme le créateur du scepticisme (ou plus exactement du pyrrhonnisme), mais il ne semble pas avoir eu l'intention de créer un courant de pensée philosophique.
Pyrrhon n'a rien écrit, mais son disciple Timon, et les sceptiques tardifs comme Énésidème, Nouménios et Nausiphane, nous ont laissé de nombreux rouleaux dans lesquels ils discutaient de la méthode pour parvenir à l'état d'incompréhension (acatalepsie) et au bonheur de ne savoir absolument rien, de ne pas avoir la moindre certitude sur notre existence et sur l'existence d'autre chose ou sur la possibilité de son existence.
Le philosophe Épicure, qui l'admirait de loin, était toujours curieux de connaître ce que Pyrrhon venait de dire ou de faire. Quant aux Éléens, ils étaient tellement fiers de Pyrrhon qu'ils le couvrirent d'honneurs. Il fut aussi fait citoyen d'honneur d'Athènes.
Enseignement supposé
L'enseignement de Pyrrhon suscita de nombreuses perplexités qui donnèrent lieu à des développements d'ordre méthodologique. Pyrrhon ne les connaissait peut-être pas, nos sources ne nous permettant pas de décider sur ce point. Mais nous les citons ici, car elles reflêtent la compréhension que les succésseurs de Pyrrhon eurent de leur maître. Elles sont au nombre de dix, d'après Sextus Empiricus :
- Qu'il y a des choses utiles ou nuisibles à nos vies. Mais pour chaque créature, ce qui est nuisible ou utile diffère. La caille s'engraisse avec la ciguë, laquelle est mortelle à l'homme.
- Que la nature est un continuum traversant toutes les créatures. Mais Démophon, le maître d'hôtel d'Alexandre le Grand, se réchauffait à l'ombre et grelottait de froid au soleil. Aristote nous apprend qu'Andron d'Argos pouvait traverser le désert sans boire d'eau.
- Que la perception est totale. Mais nous voyons le jaune d'une pomme, respirons son parfum, goûtons sa douceur, sentons son poli, sentons son poids dans notre main.
- Que la vie est uniforme et le monde toujours le même. Mais le monde d'un homme malade ne ressemble pas à celui d'un homme robuste. Notre état d'esprit est différent selon que nous dormons ou que nous sommes éveillés. La joie et le chagrin changent tout pour nous. Le jeune homme s'avance dans un monde différent de celui du vieillard. Le courage connaît des routes que la timidité ne peut deviner. Les affamés voient un monde inconnu des bien nourris. Périclès avait un esclave qui marchait sur le faîte des toits dans son sommeil sans jamais tomber. Dans quel monde vivent les fous, les avares, les malveillants?
- Qu'il n'y a pas de réalité au-delà des conventions, de la loi, de la religion et de la philosophie. Mais chaque ensemble de croyances et d'attitudes voit les mêmes choses innocentes avec des yeux totalement différents. Un Perse peut en toute bienséance épouser sa fille, les Grecs considèrent qu'il s'agit du pire des crimes. Les Massagètes mettent toutes leurs femmes en commun. Les Égyptiens embaument leurs morts dans les épices et le goudron, les Romains brûlent les leurs, les Grecs les enterrent.
- Que les choses ont des identités en elles-mêmes. Mais toute chose varie selon le contexte. La pourpre n'a pas la même teinte près du rouge et près du vert, dans une pièce et en plein soleil. Une pierre est plus légère dans l'eau que hors de l'eau. Et la plupart des choses sont des mélanges dont nous ne pourrions pas reconnaître les éléments constitutifs.
- Que les objets dans l'espace sont évidents quant à leur position et leur distance. Mais le soleil, ce feu suffisamment grand pour chauffer la terre entière, paraît petit du fait de sa distance. Un cercle vu de biais est un ovale, de profil, une ligne. Des montagnes déchiquetées et grises paraissent, vues de loin, bleues et douces. La lune à son lever est beaucoup plus grande que la lune au zénith, pourtant elle n'a pas changé de taille. Un renard dans les broussailles ne ressemble pas du tout à un renard dans un champ. Qui pourrait décider de la forme d'un cou de colombe? Toute chose est perçue comme une figure sur un fond, ou pas du tout.
- Que la quantité et la qualité ont des propriétés qui peuvent être connues. Mais le vin, bu avec modération, fortifie, consommé avec excès, affaiblit. La rapidité est relative à d'autres vitesses. La chaleur et le froid ne sont connues que par comparaison.
- Qu'il y a des choses étranges et rares. Mais les tremblements de terre sont fréquents dans certaines parties du monde, la pluie est rare dans d'autres.
- Que les relations entre les choses peuvent être énoncées. Mais la droite et la gauche, l'avant et l'arrière, le haut et le bas, dépendent d'une infinité de variables, et la nature du monde est que tout est toujours changeant. La relation d'un frère à une soeur n'est pas la même que d'un frère à un frère. Qu'est-ce qu'une journée ? Tant d'heures ? Tant de lumière solaire ? Le temps entre deux minuits ?
Bibliographie
- Les Sceptiques grecs, Victor Brochard