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Tout d'abord, il importe de se souvenir que la Bible est un patrimoine du peuple juif... Pour les premières communautés chrétiennes, celles auxquelles écrit Paul, la Bible c'est exclusivement ce que nous nommons abusivement l'Ancien Testament ou "Première Alliance". On la nomme Tanak, par abréviation du nom hébreu des livres qui la composent: Torah (la Loi), Nabim (les Prophètes), Ketoubim (les [autres] Livres).
La Bible naît de l'exil. Dès 605 avant J.-C., l'empire Babylonien contrôle le proche Orient. En 598 a lieu le premier siège de Jérusalem et une partie importante des intellectuels du roi de Judée sont déportés. La révolte de Sedecias se termine par la destruction de la ville et du premier Temple. Récits d'exil et de Déportation (qui n'affecte en fait que 5 à 1% du peuple) en 2 Rois 21-25.
A partir d'un Deutéronome primitif, écrit vers 630 BCE, les intellectuels écrivent en exil une fresque historique qu'on retrouve de Deuteronome jusqu'aux Livres des Rois. Toutefois, ce n'est pas une historiographie au sens moderne non plus qu'une enquête comme celle que fera Hérodote. C'est une histoire interprétée à la lumière d'une clef de lecture : la désobéissance d'Israël à D. On repèrerait aussi un "livre des sauveurs" datant du règne de Josias sous la charpente du Livre des Juges et de l'Ascension de David (1 Samuel 16- 2 Samuel 5). A défaut de temple, Deut 6 - 9 se trouve à l'origine du culte synagogal.
Les Prophètes du VIIIe siècle avant l'ère commune avaient dénoncé les injustices sociales et les dérèglements en Israël et en Juda. Après la catastrophe de l'Exil, ils deviennent crédibles. On considère que leurs oracles sont confirmés. Les mêmes deuteronomistes éditent donc Amos, Osée et Jérémie et étayent leur clef de lecture. A partir de 540 avant J.-C., se développe un prophétisme de salut qui répond à la question : "Ya-t-il un espoir pour le peuple de YHWH ?" C'est ce qu'on trouve dans le Deutero-Isaïe (deuxième Isaïe, chap 40-55) où un groupe de prophètes anonymes éditent ou rééditent la collection d'Isaïe datant du VIIIe siècle en l'actualisant. Ils présentent la fin de l'Exil, le retour au Pays comme un nouvel Exode et une nouvelle création (Isaïe 43 - 18:20).
Les traditions sur les patriarches furent véhiculées par les populations rurales non déportées. (Ezechiel 33, 24 revendique la terre contre une partie des exilés au moyen de la figure d'Abraham). La mise par écrit est l'oeuvre de l'entourage de Guedalias, le gouverneur installé par les Babyloniens. Contrairement aux livres deuteronomistes qui prônent la séparation d'Israël d'avec les autres nations, l'histoire d'Abraham insiste sur la nécessité d'une cohabitation pacifique avec les peuples de Syrie et de Palestine.
Durant l'Exil, les traditions sur les patriarches (Élection, Libération) se trouvent concurrence avec les récits deutéronomistes (éloignement de YHWH, punition, conversion, rétribution). Vers le fin de l'exil ou dans les premières années de la domination perse, le milieu sacerdotal publie le noyau narratif du Pentateuque avec l'histoire de l'Exode et les traditions des Patriarches où sont distinguées trois époques d'une révélation continue : les origines de l'humanité où D. et appelé ELOHIM, la période des patriarche où il se manifeste comme EL SHADDAY, l'époque de Moïse où il se fait connaître sous le nom de YHWH.
On insiste alors sur le culte sacrificiel (Levitique) et l'on tient compte d'un peuple en dispersion en plaçant l'obligation du Shabbat (Genèse 2, 1-4), les règles alimentaires de base (Genèse 9, 4), la circoncision (Genèse 17), la Pâque ( Exode 12) comme autant de règle d'identité faciles à observer où qu'on se trouve.
L'Exil est le lieu nodal dont tiennent compte deuteronomistes et auteurs sacerdotaux. A l'époque Perse, le Deuteronome est séparé de l'histoire deuteronomiste et fourni la finale. La Torah est devenue une patrie portative.
| Table of contents |
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2 LA SEPTANTE 3 D'OÙ VIENT LA SEPTANTE ? 4 Les Massorètes |
Ce n'est qu'au IIe siècle de notre ère, après l'extermination des communautés juives d'Égypte et de Cyrénaïque par Hadrien, que la Bible en grec devint exclusivement celle des chrétiens. Auparavant, cette traduction répondait aux besoins du peuple juif en diaspora autour du bassin méditerranéen, dont une communauté particulièrement hellénisée, particulièrement installée, partant, particulièrement intellectuelle, celle d'Alexandrie.
L'origine de la Septante tient à deux faits :
D'une lecture tirée de la Tanak en hébreu, d'une traduction souvent paraphrastique dans la langue vernaculaire (quand la langue vernaculaire est l'araméen, on nomme cela un Targum) parfois accompagnée d'un commentaire et d'une prédication. On pense que la traduction de la Septante fut précédée de "Targumim" grecs. Nombre d'immigrants juifs ne connaissaient plus l'hébreu, et souhaitaient lire leurs textes sacrés dans la langue de leurs transactions commerciales, l'araméen demeurant leur langue quotidienne. Seul le grec pouvait être une langue sacrée à côté de l'hébreu, tant était grand le prestige des philosophies et sciences grecques. Une traduction unifiée fut probablement faite à la demande du souverain Lagide Ptolémée, soucieux de connaître les règles des divers peuples qui lui étaient assujettis, dans le cadre d'une réorganisation du royaume. La Septante devint la "Loi civique" du Royaume d'Égypte , en un élément de sauvegarde de l'identité juive dans la culture grecque.
Sur quels textes fut unifiée la Septante ?
Les premiers traducteurs grecs disposaient de textes hébreux purement consonantiques, ce qui explique, en partie, les différences entre la Septante et le texte hébreu reçu et que très tôt, en milieu juif, on se soit préoccupé de corriger cette version Alexandrine pour l'aligner sur le texte hébreu.
Après les massacres d'Égypte, décidément "terre de servitude" (Juges), les Massorètes du II ème au IX ème siècle entreprennent la correction de la Septante pour l'aligner sur le texte hébreu reçu. A cette occasion, ils créent et fixent la ponctuation et la vocalisation (par un système de points sous les lettres). Leur œuvre est celle de grammairiens. Jusque là circulaient librement des versions plurielles et corrigées comment l'attestent les découvertes de Qumran.
Il serait bien plus significatif de se poser des questions sur le passage d'une langue ancienne à une langue moderne, qui conduit à l'abandon d'une partie du champ sémantique ou à la recréation d'un autre champ sémantique. Les problèmes de traduction posés par le passage d'une langue sémitique à la langue grecque sont bien plus divers. Qu'on songe à la diversité des désignations du Divin dans la Bible hébraïque : El, Eloah; Elohim, El Shadday, Sabaoth dont certaines ne trouvent aucune solution satisfaisante ou qui sont banalisés, lors du passage en grec par "theos", le dieu, n'importe lequel, kurios, seigneur ou pantokrâtor, tout puissant. Le chaos initial, vide et désert (wa tohu wa bohu) devient la matière invisible et inorganisée des philosophes; le souffle divin devient "pneuma" qui peut nommer le vent mais qui est aussi une composante de l'âme humaine (l'âme : notion inconnue du judaïsme ; nephesh est autre chose.).
Les divergences culturelles et les difficultés du texte
Les divergences avec l'hébreu ne sont pas toutes des lectures particulières ni des fautes de traduction. Elles s'expliquent aussi :
Lire aussi
LA SEPTANTE
La Septante est plus proche de l'original que le texte très tardif des Massorètes (IXe siècle après J.-C.) ? (fr.soc.religion)D'OÙ VIENT LA SEPTANTE ?
De quoi était fait le culte synagogal ?
On étendit le nom de Septante à des livres non reçus dans le judaïsme palestinien ou composés directement en grec comme la Sagesse, les compléments à Esther, à Jérémie ou à Daniel. Les Massorètes
La diversité des conceptions de D.
Voir aussi