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En logique aristotélicienne, le syllogisme est un raisonnement logique à deux propositions (également appelées prémisses) conduisant à une conclusion qu'Aristote a été le premier à formaliser. Par exemple, Tous les hommes sont mortels, or les Grecs sont des hommes, donc les Grecs sont mortels est un syllogisme ; les deux prémisses (dites « majeure» et « mineure ») sont des propositions données et supposées vraies permettant de vérifier la véracité formelle de la conclusion. La science des syllogismes est la syllogistique, à laquelle, entre autres, se sont intéressés les penseurs de la scolastique médiévale, Gottfried Leibniz et Emmanuel Kant.
| Termes | |||
|---|---|---|---|
| Prémisse majeure | moyen | majeur | |
| Tous les hommes | sont | mortels | |
| or... | |||
| Prémisse mineure | mineur | moyen | |
| Tous les Grecs | sont | des hommes | |
| donc... | |||
| Conclusion | majeur | mineur | |
| Tous les Grecs | sont | mortels | |
Avant de chercher à comprendre le fonctionnement des syllogismes, il faut prendre garde à un point des plus importants : dire d'un syllogisme qu'il est concluant c'est affirmer que sa forme est valide. Sa vérité matérielle, cependant, n'importe pas. Ainsi, le syllogisme
Il est donc exlu que le moyen terme apparaisse dans la conclusion ou que l'une des prémisses mette en relation les deux termes extrêmes (termes mineur et majeur).
Les propositions
Sujet et prédicat des propositions
Les syllogismes sont constitués de propositions, ou affirmations faites d'un sujet (désigné par S) relié par une copule à un prédicat (désigné par P), de type
Ces propositions doivent être construites dans un ordre précis : le sujet de la conclusion, en effet, doit être présent dans une des prémisses (normalement la mineure), son prédicat dans l'autre (la plupart du temps la majeure), pour que le syllogisme soit valide. Le moyen terme (M) établit le rapport : * {M est P} or {S est M} donc {S est P}.
Note : l'ordre dans lequel apparaissent les prémisses n'importe pas. L'usage est de citer en premier celle qui contient la majeure, c'est-à-dire le prédicat de la conclusion.Rapport entre le sujet et le prédicat
En fait, la copule est introduit un rapport entre les deux concepts S et P. Ce rapport doit être appréhendé sous l'angle de la compréhension (désigne en logique l'ensemble des qualités et des caractéristiques propres à un ensemble, ou classe, d'objets) et de l'extension (l'ensemble des objets qui possèdent ces qualités et propriétés en commun). S est P doit se donc comprendre à la fois comme :
Ainsi, tous les hommes sont mortels se comprend doublement :
L'on voit donc, outre la répartition des termes au sein des prémisses, une seconde contrainte se dessiner : une proposition doit être constituée de propositions dans lesquelles le prédicat est un sur-ensemble du sujet. Un syllogisme peut donc se résumer ainsi :
Or, une table de vérité permet de vérifier que cette expression est une tautologie (au sens logique) :
| M | P | S | 1 | 2 | 1 | 3 | 1 | 2 | 1 | 4 | 1 | 3 | 1 |
| [(M | ⊂ | P) | ∧ | (S | ⊂ | M)] | ⊃ | (S | ⊂ | P) | |||
| 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 |
| 1 | 1 | 0 | 1 | 1 | 1 | 0 | 0 | 0 | 1 | 1 | 0 | 0 | 1 |
| 1 | 0 | 1 | 1 | 1 | 0 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 0 |
| 1 | 0 | 0 | 1 | 1 | 0 | 0 | 0 | 0 | 1 | 1 | 0 | 1 | 0 |
| 0 | 1 | 1 | 0 | 0 | 1 | 0 | 1 | 1 | 0 | 1 | 1 | 1 | 1 |
| 0 | 1 | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 | 0 | 1 |
| 0 | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 | 1 | 1 | 1 | 0 | 1 | 1 | 1 | 0 |
| 0 | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 |
Cette table de vérité doit être lue ainsi : « la conjonction de "M est impliqué par P" et de "S est impliqué par M" implique bien que S est impliqué par P ». En effet, l'implication (portant le numéro 4 dans le tableau) est vraie quelles que soient les valeurs de M, P et S.
Il existe en effet quatre classes de propositions, distinguées par leur qualité et leur quantité :
Or, un syllogisme doit considérer la classe de ses propositions et l'ordre dans lequel elles apparaissent pour rester valide : le schéma [(M ⊂ P) ∧ (S ⊂ M)] ⊃ (S ⊂ P) ne suffit pas, ne serait-ce parce que l'on a parfois à faire à des exclusions d'ensembles, et non de seules inclusions.
La forme canonique d'un syllogisme est [(M ⊂ P) ∧ (S ⊂ M)] ⊃ (S ⊂ P). Dans ce cas, le moyen terme est sujet de la majeure et prédicat de la mineure. Cela dessine ce que l'on nomme la première figure, dans laquelle le terme majeur est prédicat de la prémisse mineure et le terme mineur sujet de la prémisse majeure. Trois autres figures sont cependant possibles :
Sachant que l'extension des termes change selon la qualité de la proposition et leur place en son sein, il convient, si l'on veut resecter leur identité d'un bout à l'autre du syllogisme, de connaître les règles suivantes :
Les classes de propositions
Le tableau vu plus haut permet de comprendre pourquoi, pour peu qu'il soit correctement construit, un syllogisme est valide formellement. Il ne permet cependant de considérer que les syllogismes dont toutes les propositions seraient affirmatives et universelles. Ce ne sont pas les seules possibilités.
Ces quatre classes sont désignées traditionnellement par des lettres mnémotechniques telles qu'utilisées par la scolastique médiévale :
Pour retenir ces lettres : affirmo (latin « j'affirme »), nego (« je nie »).Les modes
La position du moyen terme : notion de figure
On l'a dit, l'ordre dans lequel apparaissent les prémisses n'est pas pertinent. Ce qui l'est, en revanche, c'est la répartition du sujet et du prédicat de la conclusion au sein des prémisses, indiquée par celle du moyen terme.
Ces figures ont une importance dans la recherche des modes concluants car elles déterminent, outre la place du prédicat, celle des termes majeurs et mineurs ; or, selon qu'un terme est sujet ou prédicat, et selon la qualité de la proposition (affirmative ou négative), l'extension de ce terme varie. Si l'on se souvient que le syllogisme fonctionne sur l'inclusion de classes au sein d'autres classes, l'on comprend que l'extension des termes soit fondamentale : dire que tous les hommes sont mortels, or les Grecs sont des hommes donc les Grecs sont mortels nécessite que les ensembles hommes, mortels et Grecs soient pris dans la même extension d'un bout à l'autre du syllogisme ou au moins dans une extension moindre dans la conclusion. Si, par exemple, Grecs correspondait dans les prémisses à seulement les Grecs de Béotie et dans la conclusion à tous les Grecs, le syllogisme n'aurait aucun sens : la classe tous les Grecs n'est pas incluse dans la classe Grecs de Béotie.
En effet, dans :
L'on peut aussi résumer les questions d'extension en considérant les classes de propositions :
| Classe de proposition | Sujet de la proposition | Prédicat de la proposition |
|---|---|---|
| A (universelle affirmative) | universel | particulier |
| E (universelle négative) | universel | universel |
| I (particulière affirmative) | particulier | particulier |
| O (particulière négative) | particulier | universel |
L'extension des sujets et des prédicats, on le verra plus bas, joue dans la détermination des modes concluants.
En effet, plusieurs règles (que l'on déduit d'autres règles logiques concernant l'extension des termes ; voir plus bas) sont à considérer :
Note : les noms de ces modes peuvent varier ; les logiciens de Port-Royal les disent Barbari, Calentes, Dibatis, Fespamo et Fresisom.
Il faut, pour ce faire, étudier par le menu les règles de formation des syllogismes.
De même, à supposer qu'une conclusion soit universelle affirmative, ses prémisses devront aussi être affirmatives et contenir chacune un terme universel, l'extension des termes de la conclusion ne pouvant dépasser celle des termes des prémisses. Si la conclusion est universelle négative, il faut que les prémisses contiennent trois termes universels, soient une négative (prédicat universel), et deux sujets universels.
Les modes concluants
Sachant qu'il existe quatre classes de propositions (A, E, I et O), qu'un syllogisme se compose de trois propositions et que le moyen terme dessine quatre figures, il existe donc 43 × 4 = 256 modes. De ces deux cent cinquante-six, seuls dix-neuf sont valides, ou concluants.
De sorte, il est possible de recenser les modes concluants. Ceux-ci sont depuis le Moyen-Âge désignés par des noms sans signification dont les voyelles indiquent les classes des propositions. Ainsi, le syllogisme Barbara doit se comprendre comme étant composé de deux prémisses et d'une conclusion affirmatives et universelles (A).Modes concluants de la première figure (« modes parfaits »)
Schéma : [(M ⊂ P) ∧ (S ⊂ M)] ⊃ (S ⊂ P) ; ces modes sont dits « parfaits » parce qu'ils ont servi à Aristote à démontrer le caractère concluant des modes des autres figures (ou « modes imparfaits »). En effet, tout syllogisme peut se ramener à l'un des quatre modes parfaits. Chacun de ces modes donne une conclusion d'une des classes :
~ Exemples de syllogismes de la première figure ~Modes concluants de la deuxième figure
Schéma : [(P ⊂ M) ∧ (S ⊂ M)] ⊃ (S ⊂ P) ; tous ces modes ont une conclusion négative :
~ Exemples de syllogismes de la deuxième figure ~Modes concluants de la troisième figure
Schéma : [(M ⊂ P) ∧ (M ⊂ S)] ⊃ (S ⊂ P) ; chacun des modes de cette figure implique une conclusion particulière :
~ Exemples de syllogismes de la troisième figure ~Modes concluants de la quatrième figure, dite « galénique »
Schéma : [(P ⊂ M) ∧ (M ⊂ S)] ⊃ (S ⊂ P) ; la conclusion des modes de cette figure ne peut pas être universelle affirmative. Les modes galéniques n'ont pas été reconnus concluants par Aristote.
~ Exemples de syllogismes de la quatrième figure ~Validation des modes concluants
On a indiqué plus haut des règles communes à toutes les figures permettant de repérer les modes concluants sans en expliquer les raisons profondes, si ce n'est évoquer l'importance de l'extension des termes. Ainsi, comment expliquer qu'un Bamalip galénique (tout P est M, or tout M est S, donc quelque S est P) est concluant mais pas un éventuel « Bamalap » galénique (tout P est M, or tout M est S, donc tout S est P) ?L'extension des termes de la conclusion ne peut être plus importante que dans les prémisses
L'extension des termes de la conclusion (ses sujet et prédicat) ne peut dépasser celle qu'ils ont dans les prémisses. Puisque la conclusion découle des prémisses, il faut que les ensembles qui y sont désignés soient ou les mêmes ou des plus petits pour que le jeu d'inclusion de classes au sein d'autres classes fonctionne. Cela explique pourquoi le mode Bamalip (tout P est M, or tout M est S, donc quelque S est P) de la quatrième figure ne peut avoir de conclusion universelle : dans cette figure, le terme mineur (sujet de la conclusion) est toujours prédicat, or, dans ce mode, il est pris en particulier puisque la proposition est affirmative. Il doit donc être particulier dans la conclusion.Le moyen terme doit être universel au moins une fois dans les prémisses
Le moyen terme assurant le rapport entre les termes de la conclusion, celui-ci doit au moins une fois être utilisé sous son extension universelle. En effet, ce rapport ne fonctionne que si le moyen terme possède une identité claire. Or, si le moyen terme n'était considéré deux fois qu'en partie, rien ne permettrait d'affirmer que ces deux parties sont identiques ou que l'une est incluse dans l'autre. Ceci explique pourquoi les syllogismes de la deuxième figure, dans lesquels le moyen terme est toujours prédicat, donc pris particulièrement, ne peuvent suivre un schéma AAA : rien n'indique que dans les deux prémisses ce moyen terme serait le même : les cerises sont sphériques, or les yeux sont sphériques, donc les yeux sont des cerises. Dans les prémisses, les deux classes des objets sphériques évoqués ne se recoupent pas : le rapport entre le terme mineur et le majeur ne peut être assuré en l'absence d'un moyen terme non ambigu.On ne peut tirer de conclusion à partir de deux prémisses particulières
Ce cas de figure est impossible. En effet, dans le cas où les deux prémisses seraient affirmatives particulières, tous les termes seraient particuliers (voir tableau plus haut), dont le moyen. Or, le moyen terme doit obligatoirement être pris au moins une fois universellement (voir plus haut). Dans le cas où l'une des deux prémisses serait négative particulière (deux négatives étant impossibles ; voir plus bas), la conclusion devrait être négative et le syllogisme devrait contenir deux termes universels. Le prédicat de la négative serait universel, et seule une prémisse universelle permettrait d'obtenir un sujet universel.On ne peut tirer de conclusion à partir de deux prémisses négatives
Le sujet et le prédicat de la conclusion étant mis en rapport par le moyen terme, si ce rapport est nié deux fois, on ne peut naturellement établir de lien. Ainsi, il ne peut exister de syllogisme EEE ou OOO (ou un mélange quelconque de ces deux classes), qui ressemblerait à cela : aucun animal n'est immortel, or aucun dieu n'est un animal, donc aucun dieu n'est immortel. Deux prémisses affirmatives ne peuvent donner une conclusion négative
Deux prémisses affirmatives unissent les termes de la conclusion par le moyen terme. On ne peut donc obtenir une conclusion négative, c'est-à-dire une absence de lien entre les termes. Cela exclut tous les modes AAE, AAO, IIE et IIO.La conclusion doit être aussi faible que la prémisse la plus faible
On entend par « faible » une hiérarchie au sein des qualités et des quantités :
Lorsque une des prémisses est négative (le cas où deux prémisses seraient négative n'étant pas possible ; voir plus haut), le rapport établi par le moyen terme entre le terme majeur et le mineur est double : l'une des classes est incluse ou identique à celle du moyen terme, l'autre est exclue du moyen terme. Il ne peut donc y avoir d'union entre le majeur et le mineur.
Ces règles permettent d'expliquer le caractère concluant de tous les modes syllogistiques en excluant ceux qui ne seraient pas convaincant du fait de l'extension des termes. L'utilisation de syllogismes non concluants se rencontre cependant souvent dans le cadre de l'argumentation ; on parle dans ce cas de sophisme, la plupart du temps par généralisation, ou sophisme secundum quid.
Voir aussi : logique ~ rhétorique ~ sophisme