|
|
C'était un obscur maître d'école, peu engageant, boiteux et borgne. Il n'avait aucun succès auprès des femmes, et de plus, l'exaltation de son esprit voué entièrement au culte de la poésie lyrique, faisait douter, même ses contemporains, de sa santé mentale et de son intelligence. Tyrtée fut le premier maître d'école de l'histoire à qui des textes font référence.
Il avait 32 ans, lorsque qu'une délégation de Spartiates arrivent à Athènes. Ils venaient de consulter l'oracle de Delphes, car Sparte était dans une situation difficile, battu par les Messéniens, ses troupes étaient découragées et désespérées. La Pythie avait conseillé aux délégués de sparte de demander aux Athéniens un homme qui pourrait les aider de ses conseils. Pour ces derniers c'était une bonne occasion d'abaisser l'orgueil de leurs rivaux, et par mépris et dérision, ils décidèrent de leur envoyer Tyrtée en tant que général.
Mais ce maître d'école boiteux, sut par ses chants de marche et ses élégies martiales, relever le courage des soldats lacédémoniens. Il récita d'abord devant les magistrats des élégies et des pièces de vers pleines d'enthousiasme et d'élan guerrier. Il chanta la gloire du héros, l'immortalité qui s'attache à son nom, le tumulte des batailles, le guerrier affrontant la mort pour défendre les dieux de sa patrie, sa femme et ses enfants. Il chanta le respect qu'il inspire à son retour des combats, et l'honorable repos et le grand respect dont il peut jouir dans sa vieillesse.
Tyrtée, par son lyrisme patriotique, réussit à relever le courage des spartiates. Il leur insuffla tant d'ardeur que, électrisés par la poésie de Tyrtée, ils se levèrent tous, s'armèrent pour le combat, et marchèrent au-devant de leurs ennemis Messéniens : la bataille fut terrible, longue et sanglante, mais Sparte resta finalement victorieuse.
En témoignage de reconnaissance, Sparte lui accorda, lors d'une ovation triomphale, le droit de "Cité" et le titre de citoyen de Sparte. Il resta à Sparte, et sa poésie devint si populaire que, pendant des générations, les soldats lacédémoniens chantèrent ses hymnes guerriers et récitèrent ses élégies.
Les trois pièces qui nous sont parvenues, montrent un vers énergique et très structuré, d'une écriture vigoureuse, expressive et hardie. L'écriture est simple, mais souvent sublime, à l'aulne de la grandeur des idées qu'elle véhicule, comme la vie héroïque au service de la communauté, le courage du patriote, l'idéal exigeant de la citoyenneté.
Il fut le premier maître d'école grec dans sa nouvelle cité d'adoption, qui jusque là n'en avait pas, et il joua un grand rôle dans la définition de la politique éducative des jeunes spartiates. Il mourut à Lacédémone dans le respect, le prestige et la gloire.