Université libre de Bruxelles

L'Université libre de Bruxelles (ULB) fut fondée en 1834, dans cette période qui suivit l'Indépendance de la Belgique et qui connut la désorganisation de l'enseignement supérieur.

Les trois universités d'État fondées à l'époque hollandaise - Gand, Liège, Louvain - sont amputées de plusieurs facultés. En 1834, sous l'impulsion des évêques de Belgique, l'Université catholique de Mechelen (Malines) est créée. Ce fut le détonateur qui poussa le monde libéral à réagir rapidement. Le juriste Pierre-Théodore Verhaegen, Maître du Grand Orient de Belgique, lança un appel à une souscription en vue d'une université libre qui combattrait "l'intolérance et les préjugés" en répandant la philosophie des Lumières. On fit cependant remarquer à Verhaegen l'utopie de son projet, lui qui ne disposait ni de professeurs, ni de locaux, ni d'argent. C'était sans compter sur l'aide du bourgmestre de Bruxelles, Nicolas-Jean Rouppe, qui trouva des locaux dans l'ancien Palais de Charles de Lorraine. Verhaegen annexa à son projet l'École de médecine et trouva des enseignants parmi les hommes d'expérience du Musée des Sciences et des Lettres. La Faculté de Droit fut confiée à des professeurs bénévoles, comme Henri de Brouckère. Dans la foulée, la Ville alloua un subside et le 20 novembre 1834, Auguste Baron pouvait, dans son discours d'inauguration, définir l'esprit de l'université libre:

nous jurons d'inspirer à nos élèves, quel que soit l'objet de notre enseignement, l'amour pratique des hommes qui sont frères, sans distinction de caste, d'opinion, de nation; nous jurons de leur apprendre à consacrer leurs pensées, leurs travaux, leurs talents au bonheur et à l'amélioration de leurs concitoyens et de l'humanité...

La première année universitaire pouvait commencer. Jusqu'en 1847, l'université vécut des souscriptions lancées par le Grand Orient et diverses loges maçonniques du pays, dont celle des Amis philanthropes. Outre les difficultés financières, l'Église et l'État faisaient peser des menaces sur la jeune ULB. La loi sur l'enseignement supérieur de 1835 supprimait l'Université catholique de Louvain (Leuven), ce qui permit à celle de Mechelen de s'y installer. Il restait donc deux universités de l'État - Gent et Liège - qui virent dans l'ULB une concurrente qui ne pouvait revendiquer le monopole de la libre pensée. Quant aux évêques, ils avaient peine à admettre l'existence d'une université qui se proclamait autonome et qui échappait ainsi à leur contrôle. La presse catholique milita contre l'enseignement dispensé à Bruxelles. Verhaegen répondit à toutes les attaques par un discours académique retentissant où il proclama:
partis de la liberté d'enseignement, nous réalisons la liberté dans l'enseignement.

Surmontant ces querelles, l'université libre devint une institution reconnue. La population estudiantine était en progression et l'on put construire un nouveau bâtiment, rue de l'Impératrice. En 1873, l'université ouvrit son École polytechnique où un enseignement pratique put être dispensé. En 1880, elle fut la première à permettre aux femmes d'accéder aux cours.

En 1893, l'ULB bénéficia d'un mécénat de grande envergure qui acheva le développement de la Faculté de médecine: Ernest Solvay la dota d'un Institut de physiologie; R. Warocqué, d'un Institut d'anatomie; Alfred Solvay et quelques autres, d'un Institut d'hygiène et de bactériologie.

En 1894, après un conflit entre conformistes et progressistes (adeptes du positivisme d'Auguste Comte), les statuts furent revus dans un sens plus démocratique et le nouveau Conseil d'administration inscrivit pour la première fois le principe du libre examen comme caractéristique des enseignements et du fonctionnement de l'université.

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